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Marie Julie Nguetse par Gabriel Deeh Segalo.
Gabriel Deeh Segalo présente "Lisières enchantées" (éditions l'Harmattan), ouvrage de la camerounaise Marie Julie Nguetse.
Retrouvez cette présentation dans AfrikAuteurs. Bonne lecture.

Lisières enchantées de

Marie Julie Nguetse
Par Gabriel DEEH SEGALLO
Paris, Éditions L’Harmattan, 2008, (64 p.) ISBN : 978-7-296-06712-7, 10 euros. Poésie.
Après D'Amour et de flèches[1], Graine de sang[2], et Le Péché des agneaux[3], tous trois des romans, dont aucun n’est passé inaperçu, voici Marie Julie Nguetse qui nous surprend dans la poésie, un genre qu’elle a jusque là fait semblant de ne pas maîtriser, ni même priser.
Lisières enchantées est un long poème d’amour, d’extase et de jouissance qui s’étale sur quatre escales, tel un train parcourant contrées inconnues, régions paradisiaques, zones d’ombre et de lumière entremêlées dans les dédales d’un univers jusque là inconnu mais flatteur à explorer.
Ce long poème d'amour et de flèches frappé de quelque graine de sang frais et chaud dégoulinant de corps qui ont déjà connu le péché des agneaux jusqu’aux lisières enchantées par les djinns de cet amour folie ensorcelante qui noie tout sur son passage, au risque de noyer la vie elle-même, ce poème n’est autre chose que le parcours sinusoïdal de deux êtres qui s’aiment, mais que le destin vient fatalement de séparer.
Il commence par l’état initial de la dulcinée en chaleur, prise à son propre piège et consentante :
Réceptive ce soir je suis et je l’aime à mourir (pp. 11 (2 fois), 13).
Elle attend l’élu de son cœur avec impatience imbibée de lubricité extrême :
Et ce soir encore nous allons faire l’amour
Comme deux Rêves comme deux Serments
Pour sûrement arrêter le cours du temps
Fais-moi boire mon tendre Amour
A ta coupe d’amour
Qu’explosent encore tous tes fantasmes
Qui te tourmentent inlassablement (pp. 8, 11, 20, 23, 26, 27, 29, 31, 40, 61).
Ce leitmotiv n’est pas sans motivation compte tenu de l’effet répétitif, redondant, itératif et cyclique des sarcasmes de l’amour enchanteur qui tient le couple prisonnier. En effet,
Il faut vivre comme eux les élus de la terre
……………………………………………………..
Afin que se taisent à jamais les affres de la soif de jouvence (p. 30).
La femme ici reconnaît sa place de nombril de la terre bien qu’elle ait été fabriquée après l’homme. C’est elle qui allaite le monde où elle tête ses enfants sans récrimination ni aigreur. C’est à ce titre que, femme sans âge,
Elle est nid Tabernacle qui tient ben haleine le monde et ses chimères (p. 38).
Mais, étant donné que la vie tout comme l’amour se caractérise par sa précarité,
Voici il vient sur nous le temps des lamentations (p. 43).
En effet, le destin vient de frapper le couple qu’il a fait voler en éclats. On aurait peut-être dû s’y attendre. Mais raisonne-t-on encore lorsqu’on est sous l’emprise de l’amour, surtout de cet amour qui rend fou, borné, circonspect, gauche, fragile et à la limite idiot ? Il n’y a tout compte fait que cette « Ecriture scripturale » (p. 25) pour ouvrir nos yeux à ces cosmogonies que dépeint la poétesse :
Et à nous la vie et à nous l’amour qui se frise sur les âges
Ombre démon ange étoile qu’importe le manteau
Du moment où tu as plongé dans les mythiques eaux
Qui noyant tes errances et la pensée mutilée de l’homme
Ont ouvert tes yeux à l’Ecriture scripturale des cosmogonies (p. 25).
Mais la poétesse, démiurge aux grandes ailes n’entend pas laisser le monde se décomposer malgré le coup et l’omniprésence envahissante du destin. Elle se fait chantre de l’amour, ciment essentiel pour la survie du genre humain. Le couple mythique qu’elle encense dans le poème n’est en réalité autre chose que l’image du monde qu’elle adule et appelle à l’amour qui, seul, est salvateur. Ainsi donc, suppliera-t-elle,
Fais-moi boire mon tendre Amour
A ta coupe d’amour
Qu’explosent encore tous tes fantasmes
Qui sûrement t’ont fait dompter l’antan
Et ensemble nous allons faire pleurer le temps (p. 40).
On croit la poétesse au bout de ses peines ici, sa mission salvatrice terminée. Le destin de l’homme étant un long serpent de mer fort difficile à circonscrire et à dompter, c’est au moment qu’on la croit voir le bout du tunnel – le bon bout, celui de la sortie – qu’elle annonce ce qu’il lui reste à faire :
J’ai encore à briser à coup d’Amour et de Flèches le miroir de l’au-delà
Pour au nom de l’Amour bâtir l’immuable pont de verre entre ici et là (p. 58)
…………………………………………………………………….
Et j’ai encore beaucoup à faire et j’ai encore beaucoup à dire
J’ai encore à sourire ton sourire douce balise dans la tempête
J’ai encore à lever haut le bras pour gratter la porte des cieux et enfin cueillir
Sous ordre des Dieux et sous ton fier regard la fabuleuse Étoile de notre destinée (p. 59).
Espérons que cette « fabuleuse Étoile de notre destinée » mènera chaque lecteur de Lisières enchantées vers les talus non coercitifs de la félicité que chacun attend des Dieux et de son destin, à cette croisée des chemins où les valeurs communes connues jusqu’ici ont piteusement été battues en brèche. Ce sera le plus grand bonheur de la poétesse.
Gabriel DEEH SEGALLO,
Écrivain, musicien, poète.
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Diptyques :
Le temps d’une foudre qui
Le temps d’une éclipse qui (p.14)
Je pleure des larmes
Je pleure le cri
J’entends mon cri
J’entends des tirs (p. 15)
Oh doux Seigneur
Oh doux Seigneur (p. 16)
Ordonne que sorte
Ordonne oh mon Dieu
Car toi seul mon Dieu
Car toi seul mon Dieu (p. 18)
Et voici que Christ
…………………….
Et voici que l’ombre (p. 19)
Et tu pleures mon Amour
Et tu pleures bien heureux
Et toi qui vivant
Et toi qui vainqueur (p. 20)
Afin que la vie
Afin que sourie [sic] (p. 30)
Comme un bateau blanc ivre
Comme un avion de chasse (p. 45)
Pourtant il faut bien en finir
Pourtant il faut en finir
Viens Amant que je conduise sur les rives du lac sacré
Viens Amour partant que je te conduise à l’orée du temps (p. 51)
Dis Grande-Amie que sont mes amis devenus
Dis Amour-chérie que sont mes rêves devenus (p. 58)
Triptyques :
Tu es là pourtant Grand
Tu es là pourtant Prince
Tu es là pourtant Amour (p. 17)
Et ce diamant
Et ce soupçon
Et ce miroir (p. 19)
Comme un téméraire marin
Comme un valeureux soldat
Comme un bienheureux archange (p. 31)
Et il tombe du ciel
Et le ciel et la terre
Et la terre à qui se
Et la terre humiliée (p. 45)
Je remonterai le fleuve
Je te reconnaîtrai sur
Je m’enivrerai de tes
Je ne t’oublierai point car (p. 47)
Accourus de toutes parts
Accourus cheveux épars
Accourus traînant guitare
Laissez-nous passer
Laissez-nous passer
Laissez- passer l’homme (p.49
Et j’ai encore beaucoup à faire
J’ai encore à sourire ton sourire
J’ai encore à lever haut le bras (p. 59)
Quatuors :
Et le verbe
Et le vent
Et nos cœurs
Et le passé
Et l’attente
Et l’envie
Et la fièvre
Et la promesse (p. 13)
Et le chœur qui à minuit
Et le feu des encens
Et le trémoussement
Et les ondes orphiques (p. 16)
Et tu es là beau héros
Et tu es là heureux mortel
Et tu es là Amoureux
Et tu es là ondulant (p. 24)
Quintets :
C’est la terre qui tremble et fond
C’est le volcan qui se déchaîne et crache
C’est le ciel qui s’embrase et brûle
C’est la mer qui se déchaîne et crée
C’est un soupir de femme qui écrase (p. 44)
Et le silence et le chant et le rythme et le verbe
Et les larmes du ciel et les sanglots de la terre
Et la rage de la mer et la colère de l’ouragan
Et le frémissement des arbres et le déluge de feu
Et mon silence à moi et mon silence de pierre (p. 50)
Sextets :
Debout terre et mer
Debout et silence
Debout et paix
Et moi-même debout et mon immobilisme glacial
Et moi-même debout et ma peur et ma solitude et mon désarroi
Et moi-même debout fixant de mon regard froid (p. 52)
[1] D'Amour et de flèches, Abidjan: Passerelle, 1998, 141 p., ISBN: 2 910613 30 5 / 2 910518 23 X. Roman.
[2] Graine de sang, Yaoundé, Editions Sherpa, 2002. 204 p., ISBN: 9956-32-005-6. Roman.
[3] Le Péché des agneaux, Chennevières-sur-Marne, Editions Dianoïa, 2007, 114 p., ISBN: 978-2-913126-48-0. Roman. [Préface de Félix N. Bikoi].

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