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Nouvel ouvrage de Nathalie Etoké dans AfrikAuteurs.

Je vois du soleil dans tes yeux
ou
Le cri de révolte de la jeunesse africaine !
Présenté par Mbella Bwelle Ekuma
L'auteur
Camerounaise née à Paris le 20 Juin 1977, Nathalie Etoke est Professeur de littérature, de cinéma et d'études francophones à Brown University, aux Etats-Unis d'Amérique.
Cette diplômée des Universités de Lille, de Cergy-Pontoise et du Northwerstern University est l'auteur de plusieurs articles scientifiques, tels que Writing the Woman's Body in francophone African Literature ; Mongo Béti et les Mythologies postcoloniales : héritier et inspirateur ; Karmen Gei : une censure à l'arme blanche ; Calixthe Beyala et Ken Bugul : histoire et regards de femmes sur l'Afrique contemporaine…
Elle a aussi publié aux Editions Cultures Croisées – Paris, France – en 1999, un roman intitulé Un amour sans papiers. A son actif on retient aussi quelques nouvelles, à l'instar de Cameroun mon pays ; Bessombè : entre terroir et exil ; Song of grace for African Woman Writers.
L'histoire
Le roman de Nathalie Etoke, Je vois du soleil dans tes yeux, paru aux Presses de l'Université Catholique d'Afrique Centrale (PUCAC) – Yaoundé, Cameroun – en janvier 2008, raconte l'histoire d'une jeune Koumkanaise qui est contrainte de livrer sa virginité à l'autel de la prostitution pour sortir sa famille de la misère et aider ainsi sa mère, épouse d'un alcoolique invétéré, à pouvoir élever ses sept autres enfants. La jeune bachelière cède ses ambitions académiques à la recherche d'un toubab Blanc qui la sortira de la misère ambiante de son pays, le Koumkana. Poussée à la prostitution par sa mère, aidée et entraînée par une amie, Val, qui finira par mourir de SIDA, l'héroïne abandonnera la rue après une rencontre hasardeuse qui réveillera son âme révolutionnaire et l'amènera sur les chemins de la révolte politico-sociale.
Wèli (diminutif de Wèlisanè qui signifie la patience en langue duala) quittera dès lors la rue pour s'enticher d'un fils à papa, neveu du Président de la République et fils d'un ministre. Ruben, son élu de cœur, a refusé, face à la misère ambiante, de vivre dans le confort familial, pour être le porte étendard d'une jeunesse africaine qui s'élève contre les maux que subit le continent noir et pour lesquels les responsables sont désignés : les dirigeants ou le pouvoir en place.
Leurs manifestations pour appeler les principaux responsables du pays à changer leur manière de gérer la chose publique seront stoppées dans le sang et, Ruben subira un "lavage de cerveau" qui le rendra fou !
Reniée par sa mère parce qu'elle a rompu avec la prostitution (qui était la source de revenus pour la famille), ayant perdu son amour (rendu fou par les sbires de son oncle président), Wèli cherchera de nouveau un toubab pour partir. Fuir. Et la misère ; et l'oppression ; et les multiples déceptions ; bref, fuir l'Afrique qui refuse de se démocratiser, qui refuse de rompre avec les grands maux qui la minent.
Elle réussira finalement son pari, mais ne résistera pas à l'envie de revenir au Koumkana, où se joue son destin. Ce qu'elle fera, pour devenir elle aussi, comme son amour, Ruben, folle !
La leçon
Est-ce Ruben qui était fou ? Est-ce Wèli qui était devenue folle ou est-ce le Koumkana et ses dirigeants qui étaient fous ?
C'est la question que l'on peut se poser au terme de la lecture de ce roman de Nathalie Etoke, qui est un véritable cri de révolte de la jeunesse africaine.
Une jeunesse que la réalité désespère ; une jeunesse que le quotidien consume ; une jeunesse que le système broie ; une jeunesse que tout pousse à la démission ; une jeunesse contrainte à se soumettre à un ordre des choses injuste. La folie ne devient-elle pas alors l'unique voie de salut pour ceux qui, comme Wèli et Ruben, pensent au bonheur des autres ?
Œuvre d'engagement, Je vois le soleil dans tes yeux est une révolte contre l'écriture romanesque du style sorbonnard. L'auteur semble dire aux défenseurs de la littérature académicienne française qu'en Afrique, la langue française s'est adaptée à un univers qui l'a enrichie de ses réalités locales et que désormais, il faudra compter avec elles.
C'est une révolte contre l'assassinat supplémentaire des héros africains et ceux de la diaspora africaine américaine qui ont combattu pour les indépendances et le bien-être des peuples noirs d'Afrique et d'Amérique : Luther King, Malcom X, Um Nyobé, Thomas Sankara, E. Patrice Lumumba, etc.
Révolte contre une occidentalisation à outrance qui amène les jeunes Africains à penser que tout ce qui vient de l'Occident est bon. Mais surtout, un vibrant appel aux jeunes africaines qui croient que trouver son Blanc via Internet ou toute autre agence matrimoniale est la fin des souffrances. C'est tout le contraire, semblent nous dire Wèli et ses consoeurs africaines qui se sont retrouvées en Europe avec "leurs Blancs".
Je vois du Soleil dans tes yeux est aussi et enfin un appel lancé à la jeunesse africaine pour un réveil et son implication sociale dans l'amélioration du quotidien de l'Africain.

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