Modernisme : Le devenir de la solidarité africaine.

Betty Baba
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Cet article tente d’analyser l’impact du modernisme et la solidarité africaine en Afrique noire. Les conséquences des mutations socioculturelles et économiques n’affectent pas tout le monde de la même manière sauf les gens plus vénérables.


Betty Baba


L’esprit communautaire.

L’historien Edward Shorter1 écrit de la façon suivant l’état d’esprit communautaire.

« Les membres d’une famille traditionnelle sont prêts à renoncer à certaines de leurs ambitions personnelles. Malgré l’impact du modernisme et les difficultés économiques beaucoup de citadin sont très attachés aux valeurs traditionnelles même si les contraintes obligent des africaines à suivre changement économique et social malgré eux.

Dans le temps, les principaux traits qui caractérisent la familles traditionnelle : ils étaient unies et très solidaire et ils partagent les même buts et des même objectifs  la survie du groupe et la transmission du patrimoine familiale. L’autorité des plus âgés et les jeunes générations suivent la trace des aînés.

De nos jours l’indifférence est courante dans les grandes villes africaines alors que la solidarité entre les gens est plus présente dans les villages. Le sens de la générosité et de la solidarité qui caractérisait jadis L’Afrique noire est en train de s’effacer au profit de l’individualisme. Certes, la solidarité du clan est encore forte chez certain pays africaine mais pas comme autrefois. Pour témoigner de la solidarité du clan chez les Dagombas2 au Ghana, ils disent que:

« Un enfant ne soigne pas son père malade, c’est la responsabilité des neveux et des nièces. »

Dans la tradition Dagomba, les neveux et les nièces manifestent souvent leur amour pour leur oncle en venant à son secours en cas de difficultés. De nos jours, le coût de la vie en milieu urbain est tellement cher que cette solidarité s’est atténuée. D’habitude dans presque chaque maison familiale en Afrique le repas de midi était assuré pour tous, il est de plus en plus acheté par celui qui a le moyen.

Une famille Transformé

L’effritement de la solidarité du clan en milieu urbain serait intiment liée à la pauvreté grandissante et le matérialisme exacerbé par le media (notamment la télévision, les affiches, la presse écrite et bien sur les radios.)

En Afrique, tout ce que l’on peut acheter en occident est disponible sur place grâce aux échanges commerciaux entre les États-Unis, la Grande Bretagne, l’Allemagne le Japon et le Ghana. La société africaine subie de plein fouet l’influence de la mondialisation.

Il y a dix ans, au Ghana les gens se faisaient payer chez eux pour regarder des films sur cassette vidéo. Ce service s’appelait « Vidéo show ». Aujourd’hui ce marché n’existe plus parce que les magnétoscopes et les téléviseurs couleurs sont assez banals. Le téléviseur a d’ailleurs remplacé les activités culturelles telles que les contes de grands parents, la lutte entre des adolescents au clair de la lune et d’autres jeux qui n’existent plus qu’a la campagne probablement. Les téléphone cellulaire, le « fast food » livraison de pizza à domicile, repas emporté au lieu d’aller manger dans un restaurant typiquement africain avec les plats traditionnelle le Foufu , Alloco, Râgout d’igames, Farine de Manioc grillée Thiebou Yap3 etc.

Nous assistons à une perte sournoise du patrimoine culturel Africain à cause du modernisme. Les gens restent devant le téléviseur en famille et ceux qui n’en ont pas regardent par la fenêtre ou à travers la porte entre ouverte si le propriétaire du téléviseur n’est pas assez généreux pour la sortir dans la cour.

En ce qui concerne les repas, il était inconcevable autrefois de ne pas donner à manger à tous les enfants de la cours lorsqu’on fait la cuisine en dehors des heures habituelles de repas familiaux. Le train de vie dans la société a complètement bousculé le repas collectif du soir est de moins en moins assuré dans beaucoup de familles. Chaque femme prépare son repas individuellement selon ses moyens. Nous assistons a une véritable révolution de la culture en Afrique; un changement semble-t-il lié à la monétarisation de l’économie et la désolidarisation grandissante de la société.

D’après les travaux de Cadwell et Cadwell4 sur le Ghana et le Nigeria sur les évolutions récentes des sociétés urbains obligent les gens d’adopter à la monogamie, d’où l’émergence des familles nucléaires à l’européenne chez les personnes instruites en particulier. En effet, l’urbanisme moderne des grandes villes africaines privilégie le développement de l’habitat individuel au détriment des maisons familiales à cour communément appelées en Afrique anglophone «compound houses»ou « maison familial ».

L’habitat individuel ou le «Bungalow  »5 « pavillon » est très en vogue et des entrepreneurs en construisent pour les louer ou les vendre à des diasporas en Europe et en Amérique notamment. On n’a qu’à regarder sur les sites Internet Ghanéens et d’autre pays africaine pour apprécier l’ampleur de cette industrie.

Le «Bungalow » ou « pavillon » à l’écart de la ville permet le propréteur non seulement d’éviter les contraintes de la grande famille mais d’appartenir à un groupe social respecté. Il faudra systématiquement un moyen de déplacement (vélomoteur ou voiture) pour se rendre en ville car pédaler un vélo n’est pas compatible avec l’image du pavillonnaire. La société est de plus en plus matérialiste.

Au Ghana par exemple des femmes exhibent leurs affaires dans leurs armoires vitrés (tissus en coton non cousu, savon, boites de conserve, de la faïence, etc.). Pour les hommes c’est plutôt la moto, la voiture, le grand téléviseur, le magnétoscope avec télécommande, et bien sure le téléphone portable.

L’homme au chômage ne peut pas satisfaire les besoins de toute la famille se faire plaisir en même temps. L’excuse souvent donnée à la femme ou à l’enfant qui réclame quelque chose est :

« Tu n’es pas le/la seul(e) dans la famille » ou « Ça coûte chère ».

Voila pourquoi le lien avec un oncle ou une tante s’avère plus que jamais indispensable  pour les jeunes malgré la situation actuelle. La valeur de la famille l’ « honneur » de la famille. La solidarité mécanique étant donné est inexistant en Afrique noire en générale, C’est la famille au sens large du terme qui vient en aide.

Les impacts négatifs du modernisme sur la culture indigène été étudié par Dizard et Gadlin6. Ils attestent que, l’emprise du capitalisme sur les cultures des indigènes est néfaste et tend à éclater le system de cohésion socioculturelles et moral, et que l’aspiration personnelle semble prendre le dessus au détriment de l’entraide.

La preuve en est que les crimes et des comportements insensés qui n’existaient pas avant sont fréquents en ville (ex. la prostitution de jeunes filles, jeune garçon les bandes armés etc.). La femme est de plus en plus à la recherche de celui qui peut lui fournir son confort, ses besoins et pourquoi pas aider sa famille, plutôt que le beau garçon aux poches vident.

En effet l’essor de nouvelles catégories sociales est en train de supplanter l’hiérarchie et les valeurs traditionnelles d’autrefois. Le pauvre a du mal à survivre en ville. Au Ghana le terme « vivre par magie » se réfère à la capacité à se débrouiller et survivre malgré les difficultés. Au Congo, une terminologie similaire existe. C’est « L’article 15 »7. Par conséquence, le chef du foyer en temps moderne est de plus en plus obligé de compter sur son épouse pour nourrir les enfants.

Certes le continent africain a connu des changements depuis longtemps. Ce qui caractérise les mutations récentes est la fragilisation de la cohésion socioculturelle. A quoi sert le progrès si c’est pour reculer une société ? Le défi de la nouvelle société est avant tout la cohésion socioculturelle face au modernisme. Le progrès est bien souhaitable mais encore faut il qu’il s’intègre harmonieusement dans une société.

Nous faisons dans le cadre de cette étude d’un constat de déséquilibrer de la société africaine à moyen ou à long terme. S’il est vrai que l’islam et la religion chrétienne ont beaucoup façonné la culture africaine, ces deux religions cependant n’ont pas eu d’impacts aussi dévastatrices que l’emprunt des valeurs venues d’ailleurs. C’est le cas de l’individualisme et le matérialisme dans notre société aujourd’hui. Le Ghana qui était baptisé le meilleur élève africain du FMI et la Banque mondiale paie le prix des reformes qui ne tiennent compte que de la détresse du peuple croissance au détriment des peuples le plus démuni.

Le défi de la culture au pays en voie de développement aujourd’hui est de résister à une invasion des valeurs inadaptées au contexte local. Mais comment résister puis que l’acculturation qui est intimement liée à la pauvreté et à l’aspiration collective du peuple face au matérialisme véhiculé par les nouvelles valeurs ? Le manque de respect pour les aînées et l’importance accordée à la réussite personnelle au détriment des rapports humains est de plus encré dans la société.

Chez les musulmans de nos jours, on n’enlève plus les chaussures avant de pénétrer la pièce principale d’une personne qui n’a pas de tapis ou de moquette. Or il y a dix ans un tel comportement était considéré comme un manque de respect. L’affaiblissement des valeurs traditionnelles au profit du matérialisme est bien réel.

Les citadins sont plutôt préoccupés par le gain et l’acquisition de tel ou tel bien matériel que l’esprit communautaire. Certaines familles au sens large du terme sont encore solidaires mais la tendance est plutôt vers l’individualisme. Nous ne nions pas certaines valeurs fécondes venues d’ailleurs le problème réside dans la déconfiture des valeurs locales.

En effet, les influences néfastes ont accru depuis des décennies mais certaines personnes voient dans cette fusion de cultures un bon avenir pour l’Afrique noire et le début de l’homogénéisation du monde moderne. On dit aussi que la culture africaine et le tribalisme qui divise beaucoup d’ethnies seront éliminés à posteriori. Ça serait ainsi une opportunité pour l’intégration des cultures prestigieuse d’origine divers (notamment de l’occident). C’est une question de temps et il faudra de la volonté pour faire le tri dans les deux cultures.

Le modernisme expose de plus en plus la femme aux responsabilités autrefois réservées à homme. Elle est désormais une partenaire indispensable pour sortir les maris des problèmes financiers du monde moderne.



Bibliographies

Dizard J.E and H. Gadlin, The minimal family, University of Amherst Press, Amherst, Massachussettes, 1990.

Edward Shorter, naissance de la famille moderne, Paris, seuil, 1977, p.27

SARTRE, J .-P., Orphée noir, in Les temps modernes 4 (1948), 577-606.


1 Edward Shorter, naissance de la famille moderne, Paris, seuil, 1977, p.27

2 Dagombas, parle Dagbanli l’ethnie majoritaire au Ghana près de la frontière Togolaise

3Foufou et al, les variétés des plats africains très connu soit de l’Afrique de l’ouest ou L’Afrique central

4   Cadwell J.C and P. Cadwell, High fertility in sub-Saharan Africa, Scientific American (May), 1990, 118-125.

5 Bungalow un pavillon avec tout le confort y compris la toilette, la salle de bain le garage. les prix sont fixés en dollar American. Il y a beaucoup de site Internet pour choisir le style, la superficie et le nombre de chambres, voire la qualité des matérieux (marbres, tuiles, ardoises etc)

6   Dizard J.E and H. Gadlin, The minimal family, University of Amherst Press, Amherst, Massachussettes, 1990.

7 L’article 15 il y a 14 articles dans la constitution Congolaise. La quinzième d’après les Brazzavillois (citadin de Brazzaville) est l’article 15 « Débrouillez-vous » même dans la pauvreté on ne manque pas d’humour en afrique.


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