Haiti par Sarah Mody.

Sarah Mody
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Retrouvez dans AfrikChronique, un "billet" de la nigerienne Sarah Mody sur le drame qui a frappé Haïti. Bonne lecture.

 



 

Haïti

 

 

Haïti chérie... Haïti meurtrie.

Le 12 janvier dernier, un tremblement de terre d'amplitude 6, dont l'épicentre se situait dans la capitale Port au Prince, secouait l'île. Douloureusement.

 

Haïti meurtrie dans ses terres, dans ses chairs compte ses morts depuis. 150 000 morts et sans doute plus, d'innombrables blessés et près d'1 million et demi de sans abri. Ce que l'on sait moins, c'est que d'autres secousses frappent la région depuis cette date, détruisant les bâtisses encore debout et alimentant le sentiment de vulnérabilité des populations.

 

Grâce à internet et autres médias, nous avons tous été spectateurs impuissants de ce drame qui se jouait sur ce bout de terre du bout de monde. Bout de terre dont la résonance est si forte pour nous. Nous les noirs, nous les anciens colonisés, nous les humanistes, nous les historiens, nous les droits de « l'hommiste ». Nous tous.

 

Dans l'imaginaire collectif, Haïti c'est la première République noire tandis que dans la conscience des sages c'est une des premières républiques modernes aux textes résolument humanistes et avant gardistes.

Et dans l'inconscient populaire occidental, Haïti c'est l'ombre du fantasme, une figure trouble et un peu monstrueuse de la revanche du Noir qui se repent depuis dans la misère...noire.

 

Alors les discours dérivent, glissent. Certains ici et là, s'arrogent le droit de juger et de condamner le parcours socio-politique de l'île. D'autres vont jusqu'à parler de malédiction, de fatalité.

Sans compter le « charity business » qui s'est déclenché et qui nous déverse émissions spéciales, spots , événementiels, chansons et nous promeut une consommation estampillée humanitaire.

Entendons- nous, il faut donner aux organismes présents pour supporter les actions présentes et à venir pour secourir les victimes du séisme. Il suffit pour cela d'adresser chèques, virements aux ONG connues. Faire un don c'est la meilleure façon d'agir, d'aider. Mais la profusion d'initiatives un peu floues, voire douteuses heurte et me semble aller à l'encontre du respect du deuil que vit l'île.

Laisser dire que l'île est maudite ou frappée par la fatalité, c'est accepter l'idée d'une faute originelle qu'expieraient ad vitam eternam les descendants des maudits. Et quelle peut être cette faute si ce n'est le camouflet infligé à l'empire napoléonien par une armée de nègres de ce qui était alors une colonie française, au lendemain du rétablissement de l'esclavage?

 

Peut on décemment affirmer qu'une terre qui a porté une Marie Vieux Chauvet, un René Depestre, un Jacques Roumains ou encore un Dany Lafferrière et un Lionel Trouillot (pour ne citer qu'eux) est maudite?

 

Que je me souvienne bien, le théâtre des Misérables c'est la France et malgré l'extrême misère qui est dépeinte alors et qui persiste aujourd'hui personne, non personne n'a parlé de terre maudite. Et Dieu sait que la république née au lendemain de la Révolution a connu des atermoiements entre Terreur, dictature impériale et coups d'Etats. Evidemment chacun son histoire, évidemment Haïti a la sienne qu'elle écrit, non sans peine, qu'elle a pâtit longtemps (plus d'un siècle tout de même) de l'embargo infligé par les puissances alentours qui aujourd'hui se targue d'appartenir au club des "amis d'Haïti". Amis qui se réunissent à Montréal pour décider de l'avenir et de la reconstruction de l'île le 25 janvier dernier, manque à l'appel Préval, le président de la République haïtienne...mais a t il seulement été invité?

 

René Préval qui se dresse pourtant et qui rappelle la souveraineté du pays, qui en appelle à la diaspora quand une partie de l'élite haïtienne gît encore sous les décombres. La reconstruction sera haïtienne, il ne peut en être autrement. Haïti pansera ses plaies, enterrera ses morts et se relèvera. La Communauté internationale à son chevet apportera une aide bienvenue mais ne se substituera pas à l'Etat car ce n'est pas son rôle.

 

Aujourd'hui, on parle de mise sous tutelle, de faire de l'île une pupille de l'humanité... N'oublions pas que l'humanitaire a succédé à la mission civilisatrice colonialiste, y subsiste d'ailleurs cette dégoulinante bien-pensance . Et à l'heure où nous, ivoiriens, nous apprêtons à fêter avec une bonne partie de nos congénères d'Afrique noire le cinquantenaire de nos indépendances, il est difficile de laisser cette république libre car s'étant affranchie ( non sans gloire et un certain panache) , vieille de deux siècles, se faire reconquérir et avilir aussi aisément.


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