L'Europe esseulee

S.M.B
Note des utilisateurs: / 2
MauvaisTrès bien 

Retrouvez la nouvelle chronique d'Yves Nkodia qui a pour titre: "L'Europe esseulée". Cette chronique met en exergue la perte de leadership de l'Europe face notamment à l'émergence de la Chine. Bonne lecture.

 

L’EUROPE ESSEULEE

L’Europe en perte de vitesse est distancée dans la course de leadership qui l’oppose avec l’Amérique et la Chine. Le vieux continent grabataire est émoussé par la puissance politique du premier concurrent et par la bonne santé économique du second. Ces deux nations donnent le tournis à l’Union fiévreuse devenue un outsider dans la compétition internationale. Dans cet affrontement politico-économique et stratégique, on assiste au partage du pouvoir entre ces entités dominantes qui infligent à l’Europe essoufflée une cinglante défaite dans le concert mondial où son influence effritée, amoindrie laisse place aux géants de dicter, de contrôler et d’orienter presque tout sur le champ des relations économiques internationales et sur l’échiquier du marché mondial. Cette position actuelle de l'Union européenne l'éloigne quelque peu du sas influent du fameux directoire des possédants. Ce directoire qui imprime la marche à suivre dans la prise de grandes décisions relatives aux problèmes brûlants de l'heure et aux conflits majeurs qui fragilisent le monde dans sa globalité. Comment la vieille dame a été supplantée et dépassée dans cette marche des empereurs ? Que doit-elle faire pour retrouver une place de choix ? Pourquoi l’Amérique et la Chine restent les seuls maîtres à bord dans le navire mondial pourtant malmené par les soubresauts de la crise financière actuelle ?

La stratégie américaine et la montée Chinoise


Quelle est la politique américaine et la soudaine puissance de l’empire Rouge? En effet, l’Amérique d’Obama est secouée par la crise. Une crise qui a enfanté un déficit abyssal et un chômage massif. Dans ce sillage, Obama a du mal à faire passer la réforme phare de la sécurité sociale: le fer de lance de sa campagne présidentielle. Une réforme vigoureusement contestée par les républicains requinqués par les récentes victoires aux élections législatives dans le New Jersey et en Virginie. Malgré cette passe difficile, l’Amérique actuelle est restée la même dans son orientation politique fondée à la fois dans la fermeture et l’ouverture au monde: le repli sur soi et l’expansion de son modèle à l’échelle planétaire. Une idéologie pérenne qui tire sa source sur le rêve Américain. Et qui repose sur le socle du protectionnisme soigné et le messianisme dominant. L’Amérique d’Obama s’ouvre aux ennemis d’hier, tout en restant aux aguets. Nobélisée, elle multiplie malgré tout le nombre d’envoi de ses soldats en Afghanistan. Elle se désolidarise du monde dans les grands dossiers. La crise aidant montre que la nationale prime sur l’international. Elle privilégie les intérêts de son peuple et le protège dans la sauvegarde du paradigme dominant.

La Chine de l’époque de Mao est morte avec ses utopies révolutionnaires. Seul demeure l’habit rouge du communisme teinté d’un libéralisme mitonné à leur gout et leur préférence nationale. C’est cet étonnant mélange doctrinal qui fait de la Chine un éveillé dans le monde où il devient par excellence le grand créditeur, l’entrepreneur habile, le gendarme affuté. Tous ses attributs et statuts nouveaux donnent à l’Empire rouge un interlocuteur valable, puissant et une forte voix dans l’échange et les négociations internationales. En laps de temps, la Chine foulant aux pieds les Droits de L’homme est devenue un incontournable partenaire de l’Occident et du tiers Monde. Une primauté construite sur la base d’une croissance économique record, d’une poussée démographique, d’une stratégie affirmée de la conquête de l’espace, d’une langue Chinoise propulsée dans les enseignements des Etats du monde, d’une aide militaire continue dans les anciens blocs socio-communistes et de sa politique d'invasion aujourd’hui en Afrique.

L'essoufflement de l'Europe

Le vieux continent est supplanté par l’emprise de ces deux maitres mondiaux qui jouent la carte à deux sur la table de négociations et dans le terrain de conventions, de résolutions et solutions aux problèmes qui minent l’économie-monde et autres sphères. Ils utilisent leur droit de veto dû à leur poids politique et économique actuels. Les récents événements de Copenhague avec le sommet mondial de l’Environnement montrent à suffisance cette considérable influence dans l'orientation des débats, des propositions soulevées et solutions retenues. Et leur notable domination dans la conduite des affaires et leur caractère versatile et manœuvre dilatoire voire rétive face aux décisions communes à prendre pour sauver la planète malade. Ce faisant, l’Europe doublée a vu son rôle cantonner au second plan dans la commande de la machine mondiale. Entre eux, ils reconnaissent les faiblesses et les limites de l'Union esseulée. Ils savent que l’Europe- au delà de sa puissance économique dans l'ensemble-n’est point ce que ces illustres fondateurs avaient imaginé et rêver dans leur dessein d’unité. Ils savent qu'un espace étriqué de contrôle lui reste dans le monde: l’Afrique, le Moyen Orient et une partie de l'Amérique latine. A l’intérieur du vaste magma européen ne subsiste que la monnaie. Seuls les 16 Etats sur 27 bénéficient de cette approche circulatoire de l’euro. Sa sécurité est sous la mouvance des Etats Unis. L’Europe reste un vaste sentier en construction et demeure un continent morcelé et sans Etats unifiés. Face à la crise financière, elle montre ses problèmes et lacunes dans la gestion économique qui explique la mauvaise gouvernance. Cette absence de politique fiscale et sociale commune contribue largement à l’essoufflement et l’inefficacité de son appareil de fonctionnement interne. Un déficit chronique mine ses Etats totalement déficitaires. La crise qui touche la Grèce vacille la maison européenne. Le danger guette d’autres nations cacochymes comme l’Irlande, l’Espagne, l’Italie et le Portugal. L’embrasement total risque de renforcer son isolement et précipiter sa mort.

Cette érosion qui commence à toucher l’Union fait sourire les géants régnant qui ne reconnaissent point la solide unification des membres et la cohérence politique au sein de cette institution rivale. Dans ce flou politique visible on ne sait point à quel saint se vouer dans les demandes formulées: de Sarkozy à Merkel en passant par Baroso et Van Rompuy, l’Union est un navire à plusieurs commandants. Certains politiques jouent en solo. D'autres vêtus en costume du roi cherchent parfois à occuper la place du lion dans cette forme de jungle de la communauté.


Les arguments des partisans du Non

Aux sourires narquois des géants sur le directoire de l’Europe s’ajoutent le refus, la révolte, la colère et l’indignation des Nonistes. Ces anti-Maastricht fustigent la dominante technocratie et l'outrance bureaucratique qui prévalent au sein de l’union. Ces élites bruxelloises pratiquent la gabegie et non la péréquation dans la gestion des affaires communautaires. Les irréductibles eurosceptiques continuent de plaider pour l’abandon total de la monnaie européenne et le retour au primat du national. En France par exemple ces partisans du Non disent au regard de la crise actuelle que la nation se séparait bien sortie avec le franc et arriverait à réduire ses dettes et équilibrer sa balance commerciale. Avec le franc la France était mieux. En Irlande, les altermondialistes et les partisans du mouvement nationaliste de Gauche rallument les feux d’hier en critiquant la ratification du traité de Lisbonne au vu de la montée du chômage dans le pays.

En somme, l’Europe malmenée par la crise financière éprouve des douloureuses souffrances et maladies intérieures. Dans la course économique, sociale et environnementale mondiale elle se voit dépassé par l’Amérique et la Chine qui cherchent à cavalier en duo. Une politique autarcique calculée pour dominer et mieux régner. L’Europe dans cette situation inextricable doit se solidifier au niveau interne en jetant les bases d'une solide démocratie pour gagner une place de choix sur l’échiquier mondial. Au risque de dépérir, elle est appelée à rebâtir une maison nette fondée sur la base d’une politique sociale et environnementale opératoire et impulsée par une cohérence politique et une harmonisation fiscale de tous les Etats membres.


Yves Mâkodia Mantséka

Rétrolien(0)
Commentaires (0)Add Comment

Ecrivez un commentaire

Vous devez être enregistré pour écrire un commentaire.

busy