"Kanor, D'eaux douces" par Sarah Mody.

Sarah MODY
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La langue de Fabienne Kanor entaille, profondément. Elle pénètre et révèle nos chairs douloureuses de femmes noires.


Héritières malgré nous. Le sexe est violence faite à soi même mais il est aussi ouverture à l’autre. Fragilisation donc. Lorsque nos cuisses s’écartent ce sont nos âmes qui sont pénétrées, aussi. D’eaux douces retrace l’histoire de Frida, une négropolitaine, une parisienne martiniquaise, mais pas seulement. La narratrice opère des éclairages sur des scènes d’enfance, d’adolescence, de jouissance et de souffrance, aussi. Elle parle du mâle au foutre tout puissant. Le mâle reproducteur qui bourre et bourre encore, toujours. L’homme au sexe qui pourfend… le cœur. Frida prend la parole parfois. Erik jamais. La négresse s’abîme tandis que le nègre bourre. La jouissance n’efface pas la souffrance. Elle n’est qu’un palliatif, misérable mirage. Les plaies de l’esclavage sont ici vivaces, l’esclavage plane comme une ombre. Et la femme noire porte en elle le viol initial. Hantise qui surgit comme un relent propre aux mauvaises digestions. Obsession amnésique. Le vol violent des corps et le viol des âmes. Au nom de ce viol initial, celui perpétré dans les cales du bateau négrier, le nègre lui refuse toute relation avec le Blanc, lui reproche même l’amour du Blanc. Vicieuse victime. Est évoqué le quatuor Blanc-Noir-Blanche-Noire (la noire en fin de chaîne évidemment) déjà abordé par Frantz Fanon dans Peaux noires et masques blancs que l’haïtien Dany Laferrière résume ainsi : « Il n’y a de véritable relation sexuelle qu’inégale. La Blanche doit faire jouir le Blanc et le Nègre la Blanche. D’où le mythe du Nègre grand baiseur. Bon baiseur, oui. Mais pas avec la Négresse. C’est à la Négresse de faire jouir le Nègre » (Comment…) Je n’ai pas vraiment résumé l’histoire. Formidable. Un extrait : « Est nègre l’homme capable de coquer dix femmes à la minute. De fabriquer des mensonges cent fois plus gros que lui. De te voler ta vertu sans prendre de plaisir. Est nègre le dorlis, le chien savane. Est nègre l’homme qui te dit A et pense B. Qui te jure B et pense A. L’homme qui rement. L’homme qui repart. Qui disparaît sans scrupule. Revient sans commentaire. Est nègre celui qui te viole du regard. Te fait cinq gosses dans le dos. T’en fait voir de toutes les couleurs, te déclare que c’est lui l’homme et que tant que cela durera, le nègre durera. Est nègre l’homme dont tu rêves. Que ta peau, ton corps et ton sexe cherchent jusqu’à en perdre la raison. Est nègre enfin celui dont ton père te parle, ta mère te parle, les mauvaises langues te parlent depuis nanni nannan, depuis que le Noir est nègre. » Lisez le.
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