Johnny chien méchant.

Sarah MODY
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Je lis en ce moment Johnny chien méchant. Regards croisés sur une même réalité : celui d’un milicien et celui d’une jeune femme représentante de la société civile. Le Bourreau et la victime.


Après dix pages je ne sais déjà plus comptabiliser les morts (bon c’est sans commune mesure avec les Bienveillantes que je lis parallèlement mais ça donne quand même le vertige). L’ouvrage m’a un peu déroutée, le style est assez simple et très peu séducteur. Emmanuel Dongala n’a pas une plume qui séduit ou vous emporte malgré vous mais l’intrigue est riche, vous capte finalement. La scène : un pays en Afrique centrale. Jamais nommé, progressivement toutes les hypothèses du lecteur sont balayées …Congo, non ; RDC, non ; Centrafrique, Rwanda, Burundi, non plus ! tant pis ; la situation est présentée ainsi sur fond de conflit entre les Mayis-Dogos et les Dogo-Mayis . Absurde donc il s’agit encore et toujours de captation du pouvoir et de prédation mais là pas d’intellectualisation du conflit juste du ressenti. Insolites et incongrues cette brouette qui sert de siège à une mère dont les jambes ont été amputées après une violente agression des miliciens ou encore ce quizz imposé à un couple que l’on agresse violemment. Quel est l’aire du triangle ? Dix puissance trois ? Cette bible dérobée à un vieillard en vue de se constituer une bibliothèque… Johnny veut être un intellectuel. Regards croisés sur un même évènement donc. Lui n’a pas d’identité véritable, il est à la fois lui et tous les jeunes miliciens enrôlés dans ces drôles de guerre où pillages, viols et drogues forment le quotidien. Pas d’identité, il se baptiste à chaque chapitre, se cherche, se raconte une histoire ; celle de l’homme intelligent (il a quand même été à l’école jusqu’en CE1 !) de l’homme rusé en passe de commander ses propres troupes. Avidité, soif de reconnaissance, furieuse envie de vivre sont des éléments qu’il a en partage avec Laokolé. Laokolé, c’est la jeune fille à la brouette qui porte la mère, l’envie de vivre et celle de rêver toujours, malgré ça. Rêver à une vie autre, ici, une vie d’ingénieur et bâtir des murs. Oui des murs. Portraits en miroir donc de cette jeune fille et de ce jeune homme. Le bien, le mal, la vie, la mort et la violence. Désirs violents et violent besoin de se faire une place malgré le chaos ou même avec le chaos. Ce livre est un voyage au cœur de ces consciences meurtries, le séjour en vaut la peine ne serait ce que pour prendre encore une fois la mesure de l’absurdité de ces conflits. Je referme le livre et je pense Libéria, Sierra Léone et RDC… Quel gâchis …
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