Au cœur de ce pays(Coetzee) par Sarah Mody.

Sarah MODY
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Cette semaine, Sarah Mody met l’accent sur le livre « Au cœur de ce pays » du Sud africain Coetzee. A lire dans la rubrique « Chronique littéraire ».


J’aime bien parler de mes lectures en terme de rencontre, Au cœur de ce pays en fut une.

Coetzee a obtenu le prix nobel de littérature il y a quelques années, à l’époque je m’étais ruée sur Disgrâce. L’œuvre est sournoisement et agréablement dérangeante.

Mais c’est Au cœur de ce pays, qui vous laisse pantoise, toute retournée. Définitivement. Coetzee a ce don qui consiste à détruire toute forme de confort dans la lecture que l’on fait de ses œuvres. C’est bon de se faire ainsi malmener.

Il n’y a qu’une vieille fille pour vous faire ressentir cela, vous acculer ainsi avec ses désirs poussiéreux, ses envies fossiles, son vide.

L’écriture est instable, la lecture inquiète. On ne sait jamais déceler le rêve de la réalité, c’est vertigineux. Cette femme est la violence même, elle est ce bout d’Afrique du sud qu’elle décrit sans complaisance. Elle est la rage et la frustration, à l’image de la terre elle est aride, sèche , stérile.

C’est encore le vieux motif d’Antigone, la vierge rageuse, qui est revisité ici. La vierge maudite, fille d’Œdipe se battant pour enterrer son frère. Ici la vierge est maudite tout comme le coin de terre où elle vit, l’endroit est désertique, son corps déserté.

Mea culpa j’ai lu la traduction, il me faut donc rendre hommage au traducteur (qui a dit traduttore, traditore ?!) la prose est délicieuse , vertigineuse nous plonge aisément dans l’abyme de cet enfer dans ce bout d’Afrique du Sud.

Vieille fille, tiens sur le même thème Claire jouée par une comédienne prodigieuse au Tarmac en début d’année, dans la pièce de Marie Vieux-Chauvet, Amour, C’est beau une vieille fille aussi effrayante et fascinante que la mort elle-même. Mystère.

Sa seule voix se fait entendre tout au long du roman, sans linéarité. Un peu à la manière de Cioran qui multipliait les aphorismes, rejetant le lien, le caractère logique d’une pensée…enchaînée. Le discours de cette vieille jeune fille s’étale par à coups, par vagues inégales, imprévisibles.

Il n’y a rien de plus dangereux qu’une vieille fille. Une vieille fille c’est du potentiel à l’état pur, enfin plus précisément c’est tout un univers de possible non réalisé qui bout et brûle de se réaliser. La frustration alimente la rage et fait des miracles de violence.

C’est du cru, du désir brut, du sentiment animal. C’est bouleversant de brutalité.

A bouts de mots




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