La femme aux pieds nus.

Sarah MODY
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On ne lit pas Mukasonga par hasard.
Le Rwanda … plaie béante.
Le poids de la culpabilité, tous. Nous avons tous laissé faire.


Ou on (on c’est personne et c’est nous tous. Amusant cet indéfini qui étymologiquement signifie homme, il est plus désignateur qu’on ne le pense, surtout ici) a laissé faire avec notre complicité. Petites et grandes compromissions. Petit citoyen empêtré dans ses petites urgences du quotidien.

Vous connaissez la chanson : « J’y pense et puis j’oublie, c’est la vie, c’est la vie » (Jacques Dutronc pour ceux qui ne l’avaient pas reconnu).

(Librairie parisienne)

Je lis la quatrième de couverture. Les larmes me montent aux yeux, je ne peux décemment pas reposer l’ouvrage.

Pas un instant, le récit qui prend des allures de monographie ne convainc personne dans sa tentative de rendre compte d’une culture rwandaise. Les petits mots en kinyarwanda, les pratiques matrimoniales ne sont là que pour rendre plus vivaces, plus réels le souvenir des siens.

On se tient comme en retrait. Pudique. Sur des pages entières se déversent des lignes sur un héritage maternel reconstitué. Us et coutumes, pratiques de la mère derrière laquelle se profile le Rwanda, tout entier. Celui de ses souvenirs. L’auteure pleure le passé, accomplit son devoir de mémoire (j’ai dit devoir ?) Et l’on assiste convive-lecteur universel à cet office réinventé

Les chapitres s’égrènent comme un chapelet et retiennent Stéfania dans la sphère des vivants.. En ravivant le souvenir de la mère et de la famille disparue, Scholastique leur rend toute leur dimension, toute leur humanité. On est souvent tenté lorsque l’on parle de génocides ou de gens assassinés de les réduire à l’horreur de leur fin. Gardant en image les conditions de leurs morts. Stéfania n’est pas la femme sauvagement assassinée, elle n’est pas cette fin abominable, elle est cette femme aimante concernée bravant les difficultés, faisant face aux aléas de l’histoire. Elle est cette mère auprès de qui toute une famille a puisé sa force, auprès de qui sa fille a puisé cette force. En lisant sa fille, on devine que sa mère où qu’elle soit doit être bien fière. Bien fière.




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