Nouvel article de Côme Kinata.

S.M.B
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Le lien "Histoire" d'AfrikRéflexion accueille un nouvel article du professeur congolais Côme Kinata . Cet article a pour titre: "Exorciser l'histoire: Pierre Savorgnan de Brazza dans l'histoire du Congo". Côme Kinata est Professeur d'histoire de l'Afrique contemporaine. Il vit et enseigne à Brazzaville.


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Exorciser l’histoire : Pierre Savorgnan de Brazza dans l’Histoire du Congo

Par le Professeur Côme KINATA



L’érection du mausolée dédié à Pierre Savorgnan de Brazza et à sa famille est l’occasion de reparler de la place de cet explorateur dans l’histoire du Congo, tant vérités et mythes s’entremêlent. L’opinion congolaise et les hommes politiques sont émus de ce gigantesque monument. Abel MASSENGO, député de l’opposition a soulevé le problème en ces termes au cours de la séance parlementaire du vendredi 14 avril 2006 : « tout le monde sait que le Congo est entrain de consacrer un chantier gigantesque à l’explorateur français d’origine italienne : Pierre Savorgnan de Brazza. Paradoxalement, nous ne voyons rien pour le chantier du roi Makoko IIo 1er, qui est son interlocuteur. C’est quand même grâce à l’accueil du roi Batéké que de Brazza a jeté son dévolu sur la rive droite du fleuve Congo »1.


Le journal hebdomadaire Talassa, quant à lui commence son article sur le même monument par cette introduction : « une gigantesque construction qui suscite plusieurs interrogations est entrain de s’élever au cœur de Brazzaville. Les autorités politiques et administratives tentent d’expliquer le bien-fondé de cette construction qui engloutit plusieurs milliards de FCFA, sans convaincre le commun des mortels qui se demande si le tombeau de Pierre Savorgnan de Brazza est l’une des usines que M. S. a promises depuis 2002 pour employer 40.000 jeunes par an ou cela serait l’arbre qui cache la forêt »2. Puis enchaînant sur la même lancée, l’article poursuit sa réprobation : « quand on sait que les monuments, les cimetières sont chargés de beaucoup de signification dans le monde spirituel et mystique plus d’une personne pense que le Vénérable Grand Maître S. en autorisant la construction de ce tombeau en plein centre-ville de Brazzaville au bord du fleuve Congo à coup de milliards, vient de jeter le Congo à l’autel de la Franc-maçonnerie avec toutes les conséquences qui en découlent »3.


En effet, une opinion de plus en plus tenace soutient que ce monument deviendrait l’autel où les francs-maçons se donneraient rendez-vous. Aussi, des articles se multiplient-ils sur cette « philosophie ou société secrète » montrant ses rapports avec le Christianisme et surtout les dégâts « qu’elle crée au Congo-Brazzaville »4.


Après trois voyages célèbres au cours desquels Savorgnan de Brazza et ses compagnons signèrent plusieurs traités d’installation française avec quelques chefs locaux, les bases du Congo français étaient ainsi jetées.


De tous ces traités, le plus connu reste celui signé à Mbé le 10 septembre 1880 entre de Brazza et lIloo Ier, l’Onkôo des Tio, autrement appelé le Makoko, roi des Téké. Quelle valeur faut-il donner aujourd’hui à tous ces accords ?


Avant de repréciser le traité Brazza/Makoko et présenter la mission qui fut fatale à De Brazza, nous nous efforcerons de redéfinir l’histoire afin de rendre la suite plus compréhensible. L’histoire correspondrait donc au passé en tant que tel, aux moyens mis en œuvre pour le connaître, et à la présentation qu’on en fait. André Malraux et d’autres historiens demandent à l’histoire de « donner un sens à l’aventure humaine ».


C’est en utilisant cette dernière définition que nous allons relire le fameux traité signé par De Brazza et Ilôo Ier, l’Onkoo des Tio traduit à tort en Makoko par les étrangers.

Pierre Savorgnan de Brazza, ce jeune homme de 28 ans, rencontra le vieil Onkôo, Sa Majesté le roi Ilôo (≈ 1820-1892) donc âgé d’environ 60 ans « grand maigre, visage intelligent, d’une finesse certaine, rayonnant de bonhomie, on voyait en lui le grand roi portant le torque en cuivre, collier qui caractérise le royaume ; des bracelets aux bras, un bonnet où sont encastrées deux très longues plumes ». Né de Piélé, petits-fils du roi Ntshou Atshoumphiri qui fut roi vers 1860 et 1865, c’est donc lui, qui, avec Pierre Savorgnan de Brazza, noua des relations qui basculèrent la vie de tous les peuples de la rive droite du fleuve Congo.


Pierre Savorgnan de Brazza, de noble famille romaine, né à Rome le 25 janvier 1852, avait été patronné par son oncle, le Cardinal De Brazza, qui l’avait présenté à Sa Sainteté, le Pape Pie IX. Le grand pontife pris d’intérêt pour cet adolescent, l’envoya au Borda (navires qui portèrent l’Ecole navale de 1840 à 1913) pour faire son instruction nautique à titre étranger. Pie IX manifestait l’intention de lui confier plus tard le commandement du bateau pontifical à Civitta Vecchia. A la chute du pouvoir temporel, en septembre 1870, le jeune De Brazza se trouva sans position définie et pour ainsi dire sans nationalité. Il termina néanmoins ses études à bord du Borda et ensuite, à titre étranger, il fut embarqué comme aspirant à bord de la frégate du contre-amiral du Quilio, qui commandait alors la division navale de l’Atlantique-sud. Ce fut au cours de cette croisière que la frégate vint mouiller dans la baie du Cap-Lopez pour explorer le delta de l’Ogoué encore mal connu. Un jour, De Brazza fut désigné par l’Amiral de procéder à des relevés du Bas-Ogoué. De Brazza rencontra Marche et Compiègne qui lui donnèrent d’intéressants détails sur le Haut-Ogoué. Embarqué sur la frégate-amirale, il rentra en France en 1874. Le jeune aspirant avait pris goût aux voyages de l’Ogoué et brûlait du désir de découvrir les sources de cette rivière qu’il supposait être plus importantes qu’elles ne l’étaient en réalité(5).


De Brazza formula une demande au Ministre de la Marine dans l’intention d’obtenir une mission d’exploration du Haut-Ogoué et les terres avoisinantes. Naturalisé français en 1875, officiellement il peut explorer l’Ogooué en compagnie du docteur Ballay.


A considérer dans son ensemble le vaste mouvement d’expansion et de conquête qui se poursuivit entre 1865 et la fin du siècle, on est frappé d’abord par une certaine incohérence. Il n’y eut pas, à proprement parler, de politique coloniale et moins encore de politique africaine officielle au cours de toute cette période, pas de plan d’ensemble mais une série de projets, souvent contradictoires et qui ne furent pas toujours dus à l’initiative gouvernementale. Sans l’intervention de Brazza, agissant à titre privé, il n’y aurait sans doute pas eu d’Afrique-Equatoriale française. Les rivalités et les actions déguisées du ministère de la Marine ou de celui des Colonies se sont souvent poursuivies en dehors du Conseil des ministres, et si, en dernière analyse, le ministère des Affaires étrangères a toujours emporté la décision, sans pour autant toujours ratifier les faits accomplis devant lesquels on le plaçait, cela n’efface pas l’impression de désordre et d’improvisation que l’historien retire de la compulsion d’archives.


En effet, pour son exploration, De Brazza avait reçu 100.000 Frs du Roi des Belges, au compte de l’Association Internationale Africaine qui fondait alors partout en Afrique des postes de secours pour venir en aide à des voyageurs. Pierre Savorgnan de Brazza n’agissait donc qu’à titre privé dans cette zone de 1875 à 1880. Le gouvernement français n’avait pas chargé De Brazza d’acquérir des territoires en Afrique centrale(6), et savait que ces derniers ne permettraient aucun avantage économique appréciable ; seule la société de Géographie lui offrit un canot à vapeur, le comité français de l’Association Internationale Africaine présidée par Ferdinand de Lesseps lui accorda un crédit de 20.000 Frs ; en tout cas, il ne reçut cet argent que pour ouvrir deux stations scientifiques et hospitalières. Les deux premières expéditions furent financées, outre ce qui vient d’être signalé, par sa propre famille : sa mère vendit un immeuble à Rome, aujourd’hui le siège de Banco di Roma afin de subventionner l’exploration par son fils de la rivière Ogooué. Sa sœur Marianna renonça à son trousseau de mariage pour la même cause.


Pour la France, cette faim de terres, qui se rencontre également chez les Allemands ou chez Léopold II, qui est un des caractères de l’impérialisme, ne répondait pas seulement chez les Français au désir de s’enrichir ou de s’illustrer : elle avait une justification morale, elle répondait à une exigence particulière, elle exprimait la volonté de récupérer la dignité perdue sur les champs de bataille en 1871.


La stratégie de Pierre Savorgnan de Brazza fut de changer les habitudes de commerce, monopole des Portugais et des trafiquants d’esclaves. En gagnant la confiance des indigènes ; en distribuant des armes et des munitions, il leur offrait les moyens d’éliminer les esclavagistes, leurs concurrents, tout en créant des espaces nouveaux de commerce. De Brazza emporta au cours de ce voyage : « 100.000 fusils à percussion de différents modèles, 10 millions de capsules de guerre, 100 tonnes de poudre de démolition, 20000 sabres, 1000 haches et 200 tentes, outre 1000 carabines et 30000 cartouches Remington destinées au personnel noir de la mission »(7). De Brazza proposait dorénavant des marchandises plus alléchantes : les étoffes et les alcools. C’est pourquoi sa démarche emballa le roi téké : « le commerce, le commerce fut le mot en général(8) ». Ainsi, résumait-il lui-même la teneur de ses conversations avec Onkoo. La grande escroquerie fut de transformer cet accord de commerce, en soumission au pouvoir français. Ce ne fut qu’un bluff que Georges Villain, apologiste de la colonisation, résuma comme « l’influence absolue de l’homme civilisé sur l’homme sauvage(9) ».


Pendant trois (03) ans, de Brazza et ses compagnons firent d’intéressantes découvertes sur les plateaux Téké (au sens géographique). Ils rebroussèrent chemin à la boucle de l’Alima sous les coups des commerçants Boubangui (en 1878) et de la maladie qui venait de terrasser De Brazza. Sans ces incidents qui avaient contraint de Brazza et ses compagnons à repartir d’où ils venaient, il est certain qu’ils auraient devancé Stanley de quelques mois sur les deux rives du fleuve Congo.


Le retour de De Brazza au Congo, en 1880, eut une plus grande importance au point de vue politique. Puisque c’est au cours de ce voyage que le fameux traité que nous réexaminerons sous de nouveaux apports de la science fut conclu.


a) Un grave malentendu culturel


Le fameux Makoko qui traita avec De Brazza n’était pas le véritable chef des Téké. Ce dernier, encore inconnu de l’administration coloniale, résidait sur le plateau Koukouya et, selon la méthode de tous les chefs africains, il avait délégué un comparse pour traiter avec De Brazza et au besoin recevoir les coups selon les circonstances. Au demeurant, le Makoko (Onkôo) n’était chef que des Téké et son influence ne s’exerçait que sur un territoire très limité. Pour montrer l’importance de l’autorité avec qui il venait de signer le fameux « traité », De Brazza présentait le Makoko comme chef du foyer d’un vaste « empire » alors en pleine décadence. Il n’est pas absolument exclu que le groupe ait connu autrefois une plus grande cohésion politique ; le Makoko aurait progressivement vu décliner son autorité, disloquée sur les confins trop éloignés, sapée sur le fleuve par l’arrivée, au dix-neuvième siècle, des piroguiers Boubangui (Likouba) venus de l’amont, pêcheurs et artisans industrieux, grands courtiers du commerce congolais regroupés « en véritables villes-marchés de plusieurs milliers d’habitants qui, dans l’impossibilité de tirer leur subsistance de ce territoire marécageux, vivaient d’un intense trafic organisé au fil de l’eau par convois de dix à vingt grosses pirogues chargées à ras bord, important manioc cultivé sur les plateaux, expédiant le poisson dont ils étaient gros producteurs, assurant le transit de denrées de toutes sortes : esclaves, bois rouge de teinture, ivoire, qui descendaient de l’intérieur, contre cotonnades, alcool »(10).


Ce sont ces commerçants auxquels De Brazza s’est heurté lors de son premier voyage et qu’il avait à tort, appelés Apfourou. Ce dernier terme désigne simplement « Etranger » chez les habitants des bords de l’Alima. On comprend mieux, dans ce contexte, l’empressement du Makoko à recevoir Brazza et sa fidélité à la parole donnée : il crut trouver en lui l’allié qui le garantirait à la fois contre la concurrence des Boubangui et les empiètements des chefs Téké, et ce à peu de frais : il est en effet douteux qu’Ilo, face à cet explorateur démuni, ait eu pleinement conscience de ce qu’entraînerait pour lui son abandon de souveraineté ». Mais, en donnant sa terre, il renonçait d’autant moins à son autorité que, dans le contexte congolais coutumier, la terre était à la fois sacrée et inaliénable : le chef de terre le reste de façon indissoluble, aux yeux mêmes des conquérants éventuels qui continuèrent de le rester comme tel(11).


Cholet, compagnon de De Brazza laissé à Loudima comme chef du cercle Niadi Loudima l’avait constaté et en avait fait part à sa hiérarchie dans son rapport sur la situation économique et politique du bassin du Niari en janvier 1886 : « La chose paraissait tellement impossible et monstrueuse ; vendre la terre, la terre ne se vend pas, elle se loue pour une coutume annuelle, quant aux droits souverains, la question ne semblait même pas discutable(12) ». En recevant De Brazza, le Makoko ne faisait rien d’autre que d’user, à son propre profit, pensait-il, de son pouvoir d’hospitalité dans le cadre d’une tradition de grand commerce, « où les fournisseurs éventuels de marchandises lointaines et recherchées ne pouvaient être que favorablement accueillis ».


Mais le choix téké, logique au vu du contexte interne, ignorait la force de l’adversaire ; le jeu diplomatique somme toute subtile du Makoko ne le soutint que quelques années. La réconciliation européenne rendue effective lors de la conférence de Berlin qui entérina, dès 1885, la création au bénéfice du roi Léopold II de l’Etat indépendant du Congo (futur Congo Belge) eut pour les indigènes de fâcheuses conséquences ; plus n’était besoin de gagner leurs bonnes grâces : les méthodes employées s’en ressentirent aussitôt.


Le vassal du vrai Onkoo (Makoko) se rebella contre le pouvoir français, l’accusant de forfaiture, puisque l’acte de Mbé scellait un accord de commerce et non de cession des territoires. Cet Onkoo fut déporté de Mbé à Brazzaville. Sommé de se plier à la volonté des colonisateurs, il ne céda point, et mourut d’inanition, et dans la dignité, refusant de boire de l’eau et de consommer de la nourriture, impropres pour un roi téké, grand maître du Nkwe-Mbali. Il suffirait d’interroger les dignitaires Téké des six branches appelées à choisir le roi, pour s’en convaincre. Le portrait de dignitaire gravé dans les manuels d’histoire, fait partie des erreurs entretenues depuis la colonisation.


Onkoo n’avait donc pas remis sa terre à De Brazza, mais bien au contraire il avait affirmé devant son hôte la suprématie qu’il exerçait sur cette même terre. Pour certains, Onkoo avait simplement voulu, ce faisant, se présenter aux étrangers. Paroles liturgiques ou formules de courtoisie, il n’y avait là aucune manière de reddition. Quant à la remise du pavillon français, ce don n’a aucune conséquence diplomatique : au cours des rencontres sportives internationales, les capitaines des équipes adverses échangent des fanions aux couleurs nationales respectives. Cela n’implique nullement la perte de souveraineté pour les récipiendaires !(13) Il s’était passé beaucoup de choses à Mbé. Mais aucun traité ne fut signé. Et si au cours de sa conférence, De Brazza parle de traité, il ne donne aucun détail sur la cérémonie de signature, lui si prolixe dans les grands moments(14). Il s’agissait plutôt d’un grave malentendu culturel.


Par ailleurs, Brazza a justifié cette remise de pavillon français au cours d’une conférence. « Ces rois ont vu dans mon morceau d’étoffe ce que je leur avais dit d’y voir… J’ai dit au roi : ‘‘Vous connaissez le frère Blanc qui est venu ici avec lequel vous vous êtes battus. Eh bien, il viendra d’autres, et des plus forts que lui. Si vous arborez le symbole que je vais vous remettre, ils ne prendront pas pied chez vous sans votre permission, et ils ne tireront jamais un coup de fusil sur vos sujets. Ils ont fait ce que je leur ai dit, et le drapeau français les a protégés(15). »


Au moment où retentit le chant du départ le 10 septembre 1880, Brazza fut remis aux bons soins d’un passeur Ngantchou que De Brazza transmit en Ngansoumo :

« Puis réunissant pour le jour de mon départ tous les chefs voisins, en leur présence, il prit ma main et la mettant dans celle de Ngansoumo, en leur présence, il dit : je te confie le Blanc qui est venu nous voir ; si lorsqu’il aura terminé ce qu’il a à faire, il veut rentrer à Nkouna par la rivière, tu le mèneras ici »(16).


La tradition tio est formelle. La personne à qui Onkoo, Ilo 1er avait confié De Brazza à un passeur du nom de Ngantchou que De Brazza transcrit en Ngansoumo, chef du village sis à la pointe du même nom :

« Brazza quitta ensuite Mbé et se rendit à Nkouna par Ngantchou, en empruntant le fleuve »(17).


Le traité du 10 septembre 1880 est un roman ; celui de Mfoa est plutôt un procès verbal où de Brazza rend compte de ce qu’il a fait avec les chefs tio. Le style employé est clair là-dessus : « J’ai pris possession … j’ai remis à chacun … ».


b) Des procédés peu honorables


De Brazza a donc agi comme un escroc, utilisant le double langage mis en lumière par le Petit Journal du 27 juin 1882 sous le titre, Les conquêtes pacifiques, le quotidien parisien dévoilait les brutalités de Savorgnan de Brazza « choisissez entre cette cartouche et ce pavillon, dit de Brazza. Si vous voulez la guerre avec les Blancs, on se battra sans merci, si vous voulez la paix, voilà le signe de la paix dit l’officier marin, en présentant le drapeau français au roi Téké »(18). Makoko ne mit pas longtemps à se rendre compte de la duplicité de Savorgnan de Brazza, et par la suite les populations Téké se révoltèrent ; Makoko se confia au missionnaire Bentley « If we let the White men in our country, they will soon make of us »(19).


De Brazza inaugura également le travail forcé et la corruption avec la réquisition des porteurs : « aux chefs, il remettait les premiers mois de solde de son personnel en marchandises : bouteilles de gin, pagnes, etc.(20) ».


Pour ses bagages, il réquisitionna plus de 500 personnes de Loango à Brazzaville, de Lambaréné à l’Alima. De Brazza partit ainsi avec 100 caisses de douze bouteilles d’alcool, 4 tafias, 14 barils de vin à distribuer(21). La grande illustration de cette politique de corruption, par la distribution de l’alcool aux chefs, est fournie par la Revue Journal des Voyages, Terres et Mers de 1882(22); en première page, elle exhibe les procédés auxquels recoururent Savorgnan De Brazza et ses compagnons. C’est une scène de transaction entre de Brazza et un chef africain.


Au premier plan, de Brazza installé à une petite table de campagne avec un texte tout préparé, portant déjà son paraphe. Il tient nonchalamment une carabine à ses côtés. Debout, l’un de ses collaborateurs blancs, ravi, verse à flot de l’alcool à un dignitaire congolais un peu éméché. Les yeux hagards, l’Africain va indéniablement signer, c'est-à-dire apposer son empreinte digitale sur le papier. C’est l’expression la plus saisissante dont usèrent de Brazza et tous les Européens obsédés par la chasse aux traités.


Voilà donc les procédés inaugurés par Savorgnan De Brazza et dont vont se servir les successeurs pour l’exploitation coloniale. De nombreux scandales se produiront et De Brazza, malgré sa retraite à Alger, sera repris pour enquêter ce qui se passait au Congo français, c’est la 4eme et dernière mission qui lui sera fatale.


II. LA MISSION FATALE


En 1905, Pierre Savorgnan de Brazza est sollicité depuis sa retraite d’Alger pour conduire une mission d’inspection au Congo français. Les raisons du voyage n’étaient pas si simples à saisir. Mais dans la conjoncture internationale qui marque le début du XXe siècle, il est évident que la France voulut avoir la conscience nette sur la manière dont ses proconsuls conduisaient les affaires dans cette partie de son vaste empire colonial.


Remontons les faits. Le 26 février 1885 à Berlin, Léopold II, roi des Belges, sort de la salle où se sont réunies quatorze puissances durant trois mois. Il contient difficilement sa joie. Après des discussions délicates, il a obtenu à titre personnel la souveraineté de grandes étendues découvertes récemment au Congo par Henry Morton Stanley. Les contours en sont un peu flous. On les précisera plus tard. L’important est que chacun sache où commence et où s’arrête sa chasse gardée. Son idéal expressément identifié dix ans plus tôt à la Conférence Géographique de Bruxelles de 1876 est atteint :

Ouvrir à la civilisation la seule partie du globe où elle n’a pas encore pénétré. Percer les ténèbres qui enveloppent les populations entières, c’est, si j’ose dire, une croisade digne de ce siècle… Il s’agit de planter l’étendard de la Civilisation sur le sol de l’Afrique Centrale et de lutter contre la traite des esclaves.


Le souverain belge ne fut pas le seul bénéficiaire de ce partage du bassin congolais. Le Portugal assis sur ses droits acquis du Traité de Tordesillas de 1494 gardait toute la côte atlantique depuis l’embouchure du grand fleuve jusqu’aux confins du désert de Namib. De son côté la France avait vu sa position confortée. Cela pouvait alors lui permettre de façonner le Congo français sur des bases juridiquement établies.


Vingt-cinq (25) ans après les angéliques professions de foi contenues dans l’Acte final de la célèbre Conférence de Berlin (février 1885) ayant consacré le partage de l’Afrique, quel point pouvait-on faire de cette Croisade pour la Civilisation ?


La vérité évidente en était que les Indigènes du bassin congolais que l’on venait extraire de la barbarie et de la cupidité des chefs locaux, donc de l’esclavage, étaient tombés dans un système d’exploitation et d’humiliation tout aussi inique que la traite négrière que l’on voulait pourtant combattre.


Dans la décennie 1900, il se développait alors en Europe, particulièrement en Allemagne et en Angleterre, une sévère campagne de désapprobation contre la politique coloniale de la France et surtout contre le souverain belge à propos de la manière dont les populations étaient traitées dans les deux colonies du Congo. Dans cette grande campagne, la presse anglaise était particulièrement violente pour dénoncer les brutalités commises dans les deux colonies de l’Afrique équatoriale. Quelques articles que l’on prit au départ pour de simples œuvres à sensations finirent par faire saisir à l’opinion européenne encore incrédule une réalité africaine qui dépassait tout entendement.


Si du côté britannique, cette brusque philanthropie était plus ou moins sincère, du côté de Berlin, par contre, les intentions coloniales étaient affichées plus nettement. En Allemagne la diplomatie s’activait pour faire convoquer une autre Conférence internationale qui demanderait alors des comptes au roi des Belges et peut-être à la France sur leur politique au Congo, jugée contraire à l’esprit de l’Acte final de Berlin.


Dans les chancelleries on chuchotait déjà ouvertement l’envoi d’une mission d’enquêtes sur le terrain notamment dans le vaste domaine léopoldien pour établir les faits. L’Allemagne impériale avait eu des regrets pour avoir abandonné en 1885 le vaste bassin congolais et ses abondantes richesses à la petite Belgique et à une France humiliée depuis la défaite de Sedan de 1871. Pour le gouvernement de sa Majesté impériale, un nouveau partage de ces richesses s’avérait nécessaire.


L’idée de relier le Cameroun au grand fleuve africain avait fini par gagner les esprits sceptiques. La course vers le grand soleil équatorial avait cessé d’être une question intéressant uniquement les quelques milieux d’affaires de Hambourg et de Brême pour devenir une affaire nationale.


Mais une mission internationale d’enquêtes qui viendrait visiter l’Etat Indépendant du Congo n’irait-elle pas fouiner aussi de l’autre côté du fleuve ? C’est en perspective de cette échéance redoutable que Paris devait anticiper les évènements pour ramasser les arguments de défense utiles. Et c’est ici le sens réel de cette dernière mission que l’on confiait à Pierre Savorgnan de Brazza pour faire le tour du Congo français surtout à la suite des excès dramatiques révélés à l’époque par le scandale Gaud et Toqué. Trois administrateurs de Fort-Campel, plaque tournante du portage vers le Tchad, y étaient impliqués : Proche avait fait fusiller sans jugement deux Africains qui s’étaient enfuis à l’arrivée des gardes, Toqué avait laissé noyer un indigène coupable du vol de quelques cartouches, Gaud surtout était accusé d’avoir fait sauter un prisonnier à la dynamite en guise de festivité, le 14 juillet 1903.


Le 16 mai 1905, Pierre Savorgnan de Brazza arrivait à Kinshasa où il ne fut accueilli que par Mgr Augouard et les Pères Rémy et Leray pour lui souhaiter la bienvenue. En effet, Emile Gentil, le Commissaire général représentant la France, était furieux d’être enquêté par son ancien camarade de la marine que précisément il avait été presque seul à soutenir lors de la brusque mise à la retraite de De Brazza. Il avait, en outre, été froissé des communications imprudentes de De Brazza à la presse avant son départ de France. A Kinshasa, De Brazza était très étonné de ne voir aucun haut fonctionnaire de la rive belge comme de la rive française. Le secrétaire particulier de Emile Gentil informa de Brazza que le Commissaire général du Congo français l’attendait sur la terre française pour lui présenter ses hommages. Le Léon XIII, bateau de Mgr Augouard, quittait Kinshasa pendant que le Dolisie, bateau du gouvernement embarquait les nombreux colis de De Brazza et de ses compagnons. Sur la rive française, où une vigie surveillait les manœuvres de la rive belge, un quiproquo se produisit. On prit le Léon XIII pour le Dolisie et tous les fonctionnaires descendirent en hâte dans le bas-fond marécageux qui servait de débarcadère sous le soleil brûlant, les fonctionnaires durent attendre une heure et demie avant l’arrivée de la caravane officielle. Pour comble de malheur, le Dolisie fit une fausse manœuvre au moment de l’accostage qui dura plus de dix (10) minutes.


Impassible, Emile Gentil était là raide et sans faire un signe du côté du bateau. C’est seulement quand la passerelle fut installée et qu’il y mit le pied que Gentil leva son casque vers De Brazza qui répondit froidement. Gentil monta à bord et, saluant De Brazza, lui dit sèchement : « M. le Commissaire général, j’ai l’honneur de vous saluer ! ». Puis se tournant vers Madame de Brazza, il dit : « Madame, j’ai l’honneur de vous offrir mes respectueux hommages et de vous souhaiter la bienvenue à Brazzaville(23) ».


Après la glaciale réception de la délégation au débarcadère, la tension entre De Brazza et Gentil atteignit son paroxysme au dîner offert par le Commissaire général du Congo français à ses hôtes. Pour montrer son mécontentement vis-à-vis de Savorgnan De Brazza, « Emile Gentil s’est présenté au dîner en simple veston blanc avec un tout petit bout de ruban sans même sa décoration(24) ». Au moment du toast, le Commissaire général du Congo français en profita pour faire remarquer à De Brazza que « son retour inopiné à Brazzaville, après sa brusque mise à la retraite, doit être pour lui une revanche et une légitime satisfaction. Il fait cependant entendre adroitement que de Brazza n’aurait pas dû accepter de venir enquêter contre un collègue, car il devait savoir par expérience qu’il y a parfois à accomplir des tâches ingrates où on récolte plus de critiques que d’honneur(25). » Un silence glacial régnait dans l’assistance qui ne fit entendre ni un cri ni un applaudissement, rapporte Mgr Augouard :

Pendant cinq mois (mai/septembre 1905), la mission parcourut toute la Colonie. De Brazza fut ahuri de constater les désastres commis et le désarroi des populations. Deux fléaux sociaux parmi tant d’autres, avaient rendu les indigènes plus malheureux qu’avant son passage sur leurs terres : le système des portages et l’impôt de capitation qu’il avait lui-même mis en chantier pour, imaginait-il, développer la Colonie et rendre les populations plus heureuses. L’homme était mis alors en face de son destin et devant l’histoire.


Face à cette réalité vivante, il dressa un rapport sans complaisance de tout ce qu’il avait vu et entendu. Il montra comment les compagnies concessionnaires tout comme le système de portage et l’impôt de capitation, tous ces expédients qu’il avait lui-même mis au point, avaient contribué au chaos que connaissait la colonie et surtout au désespoir général des populations.


L’homme aurait été heureux sans doute de présenter lui-même ce rapport dérangeant. Malheureusement, il ne put ni l’achever ni le soutenir devant les Députés au Palais Bourbon qui en fait, avaient ordonné cette mission du Congo. Sur le chemin de retour, il tomba malade. Hospitalisé à Dakar, il mourait le 14 septembre 1905 sans avoir achevé sa mission. Sa femme qui l’avait accompagné, était convaincue qu’il avait été empoisonné. Si jusque là, rien ne permet de corroborer ces soupçons, ce qui reste patent est que le rapport de De Brazza allait déranger autant l’administration coloniale que les Compagnies concessionnaires. D’ailleurs, le carnet de bord de De Brazza, celui dans lequel l’explorateur consignait toutes ses observations avait disparu. De précieuses notes qu’il cachait dans le double-fond de sa malle Vuitton et dont tout porte à croire qu’elles ne contenaient rien de glorieux pour les mandant de De Brazza, l’explorateur, la malle fut aussitôt réquisitionnée et transportée à Paris.



En conclusion, tous les faux traités extorqués aux dignitaires africains à coups de gobelets d’alcool ou de cadeaux, relevèrent de l’escroquerie et de la corruption. Et les Blancs, comme De Brazza, multiplièrent ces accords en espérant inclure Les terres africaines dans le domaine français. Le journal Le Temps du 10 octobre 1881, rapporte une anecdote à ce propos. Comment croire qu’un roi puisse brader la souveraineté de ses terres au premier blanc débarqué ? Ces traités, du reste, n’avaient aucune valeur, comme le prouve ceux signés par de Brazza avec Makoko et par Cordier avec le roi Maloango, tous usant des mêmes procédés. Les témoins qui apposèrent d’authentiques signatures sur le document du 12 mars 1883, furent deux négociants, un Français et un Portugais. Le symbole que les chefs locaux acceptèrent, c'est-à-dire le drapeau français planté sur le toit de leurs habitations s’avéra un piège, un anneau d’esclavage qui, les protégeant de la tutelle des autres puissances, les jetait plutôt sous le joug de la France impériale.


La lecture abondante des littératures sur le système installé par de Brazza fait apparaître la colonisation comme un long chapelet de malheurs innombrables. Les témoignages d’André Gide, Voyage au Congo, dévoilent les horreurs du régime colonial voulant matérialiser ce que souhaitait P.S. de Brazza : « l’extrême richesse des terres qui ne demandent à l’homme que peu d’efforts pour le nourrir. Les indigènes préfèrent se livrer à la chasse et surtout au commerce, alors que l’avenir du pays est intimement lié à l’organisation du travail indigène, seul apte à mettre en valeur la fertilité de la contrée par la culture du café, du cacao, de la canne à sucre, qui poussent admirablement. »(26)


































BIBLIOGRAPHIE ET AUTRES REFERENCES



Augouard (Mgr Prosper) :

Correspondances 44 années au Congo, Evreux, 1934



Bikin-Kita (P.) :

Philosophie de l’Histoire du Traité Brazza-Makoko (1874-1886). Mémoire de Diplôme d’Etudes Supérieures, Université Marien Ngouabi, Brazzaville, 1988-1989.



Brunschwig (H.) :

Brazza explorateur. Les traités Makoko, 1880-1882.

Paris, La Haye, Mouton et Co, 1972, 304 pages.




L’Afrique noire au temps de l’Empire français

Paris, Denoël, 1988.



Cholet (J.) :

Rapport sur la situation économique et politique du Bassin du Niari en janvier 1886, Archives Nationales, Section Outre-Mer, gabon-Congo II, dossier 3.



Coquery-Vidrovitch (C),

La fin de Makoko, Le Monde, 20 mars 1982.



Coquery-Vidrovitch (C),

Brazza et la prise de possession du congo,

Paris, Mouton et Co, 1963,



Villain (Georges) :

La France au Congo. La Nouvelle Revue, septembre 1882.




JOURNAUX ACTUELS


La Semaine africaine, bi-hebdomadaire d’information et d’action sociale pour l’Afrique centrale n° 2588 du mardi 25 avril 2006.


Talassa : hebdomadaire d’informations générales, d’analyses et d’opinions, n° 68 du 16 février 2006 puis le n° 71 du 9 avril 2006.













Résumé



Les historiens congolais sont interpellés quant à la place de P. S. Brazza dans l’histoire du Congo. Cet explorateur français d’origine italienne est présenté au Congo comme un humaniste. Un gigantesque et luxueux mausolée lui a été construit à l’endroit où il avait conclu un accord avec les chefs téké. La publicité de ce mausolée est régulièrement diffusée à la télévision nationale. Aux visiteurs on explique ce qu’a été cet explorateur pour le Congo. L’historien présente les faits, à chaque lecteur de se faire une idée.


Le « traité » Brazza/Makoko a été « signé » le 10 septembre 1880 à Mbé. Iloo 1er, l’Onkôo des Tio traduit à tort en Makoko par les étrangers, était âgé d’environ 60 ans. Pierre Savorgnan de Brazza, de noble famille romaine avait 28 ans au moment des faits. En 1870, P. S. de Brazza était aspirant à bord de la frégate du contre-amiral du Quilio commandant la division navale de l’Atlantique-Sud. Ce fut au cours de cette croisière que la frégate vint mouiller dans le delta de l’Ogoué encore mal connu. P. S. de Brazza repartit en France en 1874 et demanda une mission pour explorer le Haut-Ogoué.


Ses différentes missions au Gabon et au Congo avaient l’allure de voyages privés au cours desquels il distribuait des étoffes et des alcools. Le commerce fut le mot qui résumait ses entretiens avec Onkôo. Puis en 1880 fut le grand malentendu culturel : le fameux traité Brazza-Makoko.


Pour Brazza c’était une cession de territoire avec perte de souveraineté, pour Onkôo, c’était un accord commercial conclu entre partenaires égaux.



1 Propos rapporté dans la Semaine Africaine n°2588 du mardi 25 avril 2006, p.5

2 Ghys Fortune Dombe Bemba : « Voici les dessous de l’usine qui emploiera 40.000 jeunes » dans Talassa n°68 du 16 février 2006, p. 2

3 Id.

4 Talassa n°71 du 9 avril 2006, p.2

(5) Mgr Augouard, correspondances 44 années au Congo, Evreux, 1934, p. 445

(6) Brunschwig (H), L’Afrique noire au temps de l’empire français, p. 211

(7) Coquery-Vidrovitch (Catherine) : Brazza et la prise de possession du Congo ; Paris, Mouton et Compagnie, 1963, p. 43

(8) Brunschwig (Henri) : Brazza explorateur, Paris, Mouton, 1972, p. 74

(9) Villain (Georges) : La France au Congo. La Nouvelle Revue, septembre 1882, p. 252.

(10 - 11) Mgr Augouard dit avoir reçu cette information de Makoko lui-même.

(12) Cholet : Rapport politique du porte Niari-Loudima, 1886

(13) Bikin-Kita (Philippe) : philosophie de l’histoire du traité Brazza-Makoko (1874-1886).

Mémoire de Diplôme d’Etudes Supérieures, Université Marien Ngouabi, Brazzaville 1988-1989, p.157

(14) Id.

(15) Brazza (p.s. de) : conférences, p. 174

(16) Brazza (Pierre Savorgnan De), cahier

(17)

(

(18-19) Traduction : « si nous laissons les Blancs entrer dans notre pays, ils nous exterminerons sous peu » cité par Coquery-Vidrovitch : Brazza et la prise de possession du Congo. La mission de l’Ouest africain, Paris, Mouton et Co, 1969, p. 121.

(20) Coquery-Vidrovitch (Catherine) : Brazza et la prise de possession du Congo, p. 198

(21) Id.

(22) Le Journal des Voyages et des Aventures de Terre et de Mer, n°442, 1882.

(23) Augouard (Mgr Prosper), correspondances de, p. 140-141

(24) Augouard (Mgr Prosper), correspondances de, p. 138

(25) Id.

(26) Récit de P.S. de Brazza, après la première expédition menée entre 1875 et 1877, rapporté par Christian Campiche, La liberté. Ch du 3 décembre 2005.


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