AfrikInterview: Paulin F. Fodouop

S.M.B
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Retrouvez ce vendredi, l'interview qui nous a été accordée par l'acteur et metteur en scène Paulin F. Fodouop. Il nous brosse son parcours tout en donnant son avis sur l'avènement au pouvoir de Barack Obama.


Peut-on savoir qui est Paulin F. Fodouop ?

 

Paulin F. Fodouop est acteur et metteur en scène. Je suis né à New Bell. L’un des quartiers les plus sulfureux de la ville de Douala au Cameroun. J’ai passé toute mon adolescence en Normandie.

Je vis en banlieue parisienne. Dans le non moins sulfureux 9-3. Et il y fait bon vivre, contrairement à ce que la majorité des médias disent de ce département de la Seine-Saint-Denis.

 

Comment êtes-vous tombé amoureux du 7e Art et des « Planches » ?

 

Lorsque j’eus 6 ans je crois, mes parents quittèrent le quartier de New Bell, ça sentait trop le soufre, et tout cela n’était pas de bon augure pour l’éducation de leurs progénitures. Nous déménageâmes à Akwa.

Une fois installés à Akwa dans un autre quartier de Douala, mes parents croyaient nous avoir sortis de l’enfer de cette ville. C’est là, dans un périmètre de 4 km à la ronde que naquit mon amour du cinéma et de la scène.

Dans des salles de cinéma où de sacrés lurons se transformaient en acteurs et racontaient les deux tiers restant d’un film dont la bande était si usée que le projectionniste risquait d’être battu à mort s’il entreprenait de relancer le film après la troisième coupure, alors qu’un spectateur, ou deux, ou trois s’étaient jetés sur le proscenium pour improviser la suite du film devant un parterre captivé ou bruyant selon le talent de l’orateur. C’est là que se situe la genèse de ce qu’on pourrait appeler mon amour du 7e art et des « Planches ». Dans ce quartier d’Akwa. Dans ces salles obscures entre les séries B, Z américaines, Bollywood et Hong-Kongwood .

Du Rex à l’Étoile, en passant par le Douala et le Wouri, chaque salle avait sa spécialité. C’est là que j’ai commencé mes classes de cinéma et d’art de la scène. Et puis, il y a l’émerveillement que me procurait les histoires racontées par ma grand-mère .

Et ensuite vient Paris pour la mise en pratique de cet amour de l’art tout simplement.

Rien d’exceptionnel n'est-ce pas !

 

- Vous avez tourné dans des films français et un film américain, SAHARA. Quelle différence faites-vous entre le Cinéma des deux pays ? 

 

La différence fondamentale est dans l’état d’esprit. Les Américains te disent : « C’est un honneur pour nous de vous avoir dans notre équipe. » Peu importe la portée du rôle dans le scénario . Car si vous êtes là, c’est que votre présence, votre talent et votre qualité professionnelle comptent dans la réussite du film. En France, on te dit : « Vous devriez être très heureux que nous vous acceptions dans notre film. » Voilà ce qui reste en comparaison de mon expérience américaine et française.

J’espère que l’avenir m’apportera d’autres expériences qui viendront contredire ce point de vue sur l’attitude française.

 

-  En France, il est très difficile de voir des acteurs issus des minorités tenir les premiers rôles. Quel est votre point de vue sur cette réalité ?

 

 Pour vous répondre, j’emprunte le propos d’un acteur africain-américain que j’admire : Samuel Jackson. Celui-ci disait, dans un magazine de cinéma, qu’il n’y avait jamais eu autant d’acteurs africains-américains aux États-Unis que depuis que Hollywood compte dans ses rangs des scénaristes, des producteurs et des réalisateurs issus de la communauté afro-américaine et hispanique. À partir de ce moment-là, une plus large palette de caractères et de personnages a été proposée aux acteurs africains-américains.

Ce qui a commencé aux États-Unis à la fin des années 80 n’est pas près d’arriver en France. Pour nous autres Français issus des minorités, il y a encore beaucoup de travail à accomplir avant de voir un plus grand nombre d’acteurs issus des minorités tenir des premiers rôles durablement. Croyez-moi, ce ne sont pas les talents qui manquent.

 

- Envisagez-vous orienter votre carrière outre-Atlantique ?

 

 Bien entendu. L’expérience de Sahara dans lequel j’ai joué m’a confirmé cette possibilité et cette nécessité.

 

- Votre carrière théâtrale est très riche. Selon vous, quel est l’apport du Théâtre dans nos sociétés ?

 

Rien ne peut remplacer la force et l’échange alchimique produit par le rapport direct entre le public et l’artiste sur une scène de théâtre. Il n’y a qu’à regarder ce qu’un concert de Prince, Youssou N’dour, Madonna, ou Fémi Nkuti peut déclencher comme émotion dans une salle de concert. Pour ne citer que ces musiciens qui me viennent à l’esprit. J’entends donc par théâtre, le lieu de la représentation.

Lorsque Djamel Debbouze donne son Djamel comédie -show au Casino de Paris avec sa troupe de comédiens, tous les  « kiffeurs », qu’ils soient de la capitale ou de la banlieue sont là. 

N’avez -vous pas constaté que le monde dans lequel nous vivons est un vaste théâtre dans lequel chacun joue à se présenter et se représenter dans un rôle, qu’il joue consciemment et/ou inconsciemment ?

Finalement, le théâtre est au cœur de nos sociétés. C’est le lieu de rassemblement premier. C’est même peut-être là que naît la société, autour du premier sacrifice.

Lieu de rituel par excellence, le théâtre se trouve donc au centre de nos sociétés. Son apport est essentiel et il se décline sous plusieurs formes. Mais laissons cela de côté. Il serait trop long d’en débattre ici pour une interview qui demande concision.

Vous avez commencé votre question en évoquant le fait que ma carrière théâtrale est très riche. Moi, je trouve qu’elle gagnerait à s’enrichir davantage. Ma carrière cinématographique plus encore vous ne trouvez pas ? Regardez Morgan Freeman ! C’est à un âge bien mûr que sa carrière a décollé. Alors, je me dis que 40 ans c’est jeune. Je dois continuer de battre le fer, travailler, forger, tailler dans la matière jusqu’à l’expression essentielle de mon être. Qu’en dites-vous ?

 

- Avez-vous déjà joué des pièces en Afrique ? 

 

Oui. Britannicus de Jean Racine en tournée dans les centres culturels français au Bénin et au Togo, en 1994.

J’ai également joué dans Clando un film de Jean-Marie Téno, en partie tourné au Cameroun.

 

- Quels sont vos projets en cours ?

 

1) La mise en scène de Big Shoot de Koffi Kwahulé, pour laquelle je suis actuellement en recherche de financement. Cette production mêlera musique et film, dans l’espace même du théâtre .

2) l’interprétation d’un personnage (Djiby Dième) de truand dans quatre épisodes de la série PJ (à venir sur France 2)

3) l’interprétation de Joseph Watson dans la pièce 74 Georgia Avenue de Murray Schisgall, un auteur américain, au Théâtre des Célestins à Lyon en mars 2009.

 

- La production cinématographique et théâtrale nécessite des fonds. Si des personnes souhaitent appuyer vos projets, à quelle adresse peuvent-elles vous contacter ?

 

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- Que vous inspire l’élection d’OBAMA ?

 

OBAMA inspire la possibilité de chacun des êtres humains que nous sommes de prendre part à la construction d’un monde meilleur, sans distinction de race, sans préjugés, et dans l’acceptation de la diversité humaine.

Cette élection d'OBAMA, inattendue il y a encore un an, confirme ma foi en l’humanité. Et je me dis que personne ne doit se sentir exclu, incapable, à cause de sa race, son sexe, son histoire, ses croyances, sa taille, son âge.

Cette élection m’inspire le fait que chacun devrait affronter ses difficultés avec le sourire, même pour celles qui nous apparaissent les plus insurmontables, les moins acceptables.

Cela m’inspire de nous mettre au travail avec lucidité pour construire un monde meilleur, dans la solitude, puis avec les autres. Ce qui devrait être valable aussi bien pour les individus que pour les nations. Qu’est -ce que vous en pensez ?

 

- Pour finir, un message à faire passer ?

 

Comme dit le personnage de Monsieur le Maire joué par le regretté Ossie Davis dans le film  Do the right thing  de Spike Lee : 

«  Always do the right thing. Mookie », et en clin d’œil à la victoire d’Obama, j’ajoute : « Always do the best you can  “Mookie” » .


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