Elie Mavoungou et la grippe H1N1.

S.M.B
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 La grippe H1N1 a causé plusieurs décès à travers la planète. Entre emballement médiatique et necessité de se faire vacciner, notre équipe a contacté l'immunologue Elie Mavoungou pour mieux cerner cette pandémie. Retrouvez l'interview que le Professeur Elie Mavoungou a bien voulu nous accordée.

 

 

·       Qu’est ce que la Grippe H1N1 ?

 

Disons pour commencer que la grippe est une infection respiratoire aigue, très contagieuse qui est causée par les virus influenzae. Ces virus responsables de la grippe se répartissent en trois différents types : A, B et C. Les virus de type A et B sont à l’origine des épidémies grippales saisonnières, mais seuls les virus de type A peuvent être responsables de pandémies. Les virus grippaux se caractérisent par leurs fréquentes mutations.

La grippe H1N1 comme vous le dites est en fait la grippe causée par les influenzae virus de type A et de sous-type H1N1. La dénomination H1N1 indiquant que le virus exprime à sa surface membranaire une combinaison de deux molécules : l’hémagglutinine de type 1 (ou H1), et la neuraminidase de type 1 (ou N1). Pour être tout à fait précis, il conviendrait donc parler de grippe A/H1N1.

De plus, le siècle dernier a été caractérisé par trois pandémies grippales causées par des virus de type A. En effet en 1918-1919 le monde entier a été touché par la pandémie dite de la « grippe espagnole » causée déjà par un virus A/H1N1. Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de Santé (OMS), cette pandémie aurait causée 40 millions de décès. Deux pandémies moins sévères ont suivi, en 1957-1958, la « grippe asiatique » causée par un virus A/H2N2 et en 1968-1969, la « grippe de Hong-Kong » provoquée par un virus A/H3N2.

La grippe qui nous occupe actuellement est donc une grippe causée par un nouveau virus A/H1N1. Ce dernier résulte de la recombinaison d’un virus de porc, d’un virus humain et d’un troisième virus aviaire. C’est une infection à un virus qui s’est développé chez le porc et qui maintenant se transmet d’homme à homme. Nous parlerons donc de la nouvelle grippe A/H1N1

Il convient de signaler ici, que la grippe saisonnière est aussi causée par un virus de la famille A/H1N1 mais ce dernier virus est d’origine exclusivement humaine et qui par conséquent différent de celui la nouvelle grippe.

Sur le plan clinique, la nouvelle grippe A/H1N1 est très contagieuse, elle n’est pas liée aux saisons et touche préférentiellement les enfants, les adultes jeunes en bonne santé ainsi que les femmes enceintes et les nouveaux nés. Elle provoque une fatigue importante avec fièvre et toux, tous symptômes qui peuvent durer une quinzaine de jours et entraîner une fatigue résiduelle importante. Voici en quelques mots ce que l’on peut dire de ce qu’est la nouvelle grippe A/H1N1.

 

·       Quels sont ses modes de transmissions ?

 

Comme tous les autres virus grippaux, le virus de la nouvelle grippe A/H1N1 touche les voies respiratoires. Il pénètre donc dans l’organisme humain par le nez ou par bouche. Ainsi, tout ce qui entre directement, l’air que nous respirons, ou indirectement, les aliments que nous absorbons, les mains que nous portons à la bouche, et qui contient le virus, tout cela est susceptible d’être contaminant. Notons que les microgouttelettes de salive d’une personne contaminée contiennent une forte concentration de virus. Leur transmission par la toux, les éternuements, le baiser et l’air émis au cours d’une conversation est également susceptible de transmettre le virus. Il est par conséquent essentiel de se laver régulièrement les mains et plus généralement de respecter les règles fondamentales de l’hygiène.

 

·       Ce virus a déjà fait plusieurs victimes à travers le monde et plusieurs mesures ont été prises pour y faire face. Qu’en est-il aujourd’hui de cette grippe H1N1?

 

Certains réseaux européens de surveillance épidémiologique ont annoncé que l’activité du virus a atteint « un plateau épidémique » (e.g. Réseau de Surveillance Sentinelles), d’autres, notamment le réseau de GROG (groupe régionaux d’observation de la grippe), estiment que la « crête de la première vague épidémique est franchie en France ». Certains spécialistes prédisent eux qu’il pourrait y avoir une, deux voire trois vagues épidémiques à suivre. L’OMS a cependant avertit qu’il était encore trop tôt pour dire que la pandémie de grippe A qui a fait près de 10.000 morts dans le monde depuis le mois d’avril dernier est « terminée », car le virus se propage toujours à des niveaux élevés dans l’hémisphère nord. La transmission du virus A/H1N1 déclarée par l’OMS comme étant la première pandémie du siècle est particulièrement active en France, en République Tchèque, en Suisse, au Kazakhstan, au Kirghizstan et en Russie. Le Dr. Keiji Fukuda, conseiller spécial à la direction générale de l’OMS lors d’une conférence de presse a déclaré que le virus A/H1N1 est pandémique, qu’il s’est propagé dans le monde entier et qu’il est probable que l’infection continue à circuler durant un certains nombres d’années. Vous aurez noté qu’il n’est dit aucun mot de l’hémisphère sud, mais nous savons tous que le virus ne connaît pas les frontières…

 

·       Ce virus a –t-il un caractère mutant « fort » ?

 

Fondamentalement, une mutation génétique est un évènement qui entraîne le changement d’un allèle en un autre. L’effet de la mutation est différent selon qu’il s’agisse d’un évènement rare ou au contraire d’un évènement qui se répète de génération en génération avec une certaine fréquence. L’on sait qu’une mutation rare qui ne confère pas d’avantage particulier à la structure biologique ne peut produire de grands changements dans une population donnée et peut de ce fait disparaître in fine. A l’inverse, lorsqu’un évènement mutationnel est régulier, cela peut entraîner la disparition du gène initial au profit d’un nouveau gène dit gène muté. Si un vaccin a été mis au point à partir du gène initial, l’apparition du gène muté rendra celui-ci totalement inefficace. Il est encore trop tôt pour affirmer si oui ou non le virus de la nouvelle grippe A/H1N1 a un fort potentiel mutationnel, disons un plus grand potentiel que ce qui est reconnu des virus grippaux, mais l’on peut observer qu’apparue seulement en avril dernier, différentes mutations de ce virus ont déjà été signalées au Brésil, en Chine, au Japon, au Mexique, en Ukraine, au Etats-Unis, en Norvège et en France. Les deux patients porteurs d’une mutation du virus de la nouvelle grippe A/H1N1 en France sont décédés. Ces patients n’avaient pas de relations entre elles et étaient hospitalisés dans des villes différentes. L’un est décédé en septembre et l’autre en novembre. Toutefois, les autorités sanitaires françaises assurent qu’il n’y a aucun signe de propagation du virus muté et que les vaccins restent efficaces. Si la survenue de mutations n’est pas une surprise concernant un virus grippal, des investigations complémentaires s’imposent au niveau international afin de déterminer l’impact réel de la mutation et la capacité de propagation du virus muté.

 

·       Le vaccin actuel est-il efficace ?

 

L’efficacité du vaccin contre la grippe saisonnière est comprise entre 25 et 60%. La vaccination classique diminuerait ainsi par deux le risque de contracter la grippe saisonnière. L’Union Européenne a accordé l’autorisation de mise sur le marché de trois vaccins avec adjuvants (Pandemrix, Celvapan et Focetria) et d’un autre vaccin sans adjuvant (le Panenza) fabriqué par Sanofi Pasteur. Les virus sélectionnés pour ces vaccins proviennent de la souche H1N1 responsable de la grippe espagnole de 1918 et de la souche H3N2 dérivée de la grippe de Hong-Kong de 1968 auxquelles a été rajouté une souche de grippe B moins virulent. Une efficacité maximale est ainsi espérée, mais il est encore trop tôt pour le savoir.

 

·       N’y a t-il pas eu une médiatisation excessive  de cette pandémie?

 

Nous vivons à l’heure d’internet, d’Ipod, de twitter, et notre monde est désormais totalement globalisé ; D’aucuns diraient que les médias en ont un peu trop fait, en France tout du moins, d’autres affirmeraient l’inverse. Alors, médiatisation excessive ou air du temps ? A chacun son opinion. Il n’en demeure pas moins que cette médiatisation, loin de rassurer, a visiblement induit un sentiment de méfiance des populations vis-à-vis de la vaccination notamment.

 

·       Ce virus sévit en Europe, en Amérique et en Asie. En Afrique, aucune campagne préventive majeure n’est mise en place par rapport à la grippe H1N1. Comment expliquez-vous cela ?

 

Il est simplement navrant de constater que cinquante ans après les indépendances, l’Afrique tarde encore à prendre sa place, simplement sa place dans le concert des nations. L’Afrique ne sait toujours pas, à moins qu’elle ne le veuille, parce qu’elle le peut et elle le doit, se prendre en charge. Vous avez dit « campagne de prévention », vous savez que la prévention est synonyme de prospective. Il est triste de constater, corrigez moi si je me trompe, que jamais l’Afrique n’anticipe, jamais elle ne prévoit, toujours elle subit, en espérant secrètement que le ciel la sauvera de ses malheurs. Où sont les instituts de veille sanitaires ? Que font les départements de santé publique et d’hygiène publique ? Que sont devenues les politiques de protection maternelles et infantiles initiées ça et là? Quels sont les moyens mobilisés ? Nul ne peut raisonnablement déclarer que l’Afrique manque aujourd’hui d’experts dans multiples domaines, mais où sont-ils ? Pourquoi ne sont-ils pas opérationnels? L’Afrique après avoir supporté leur formation aurait-elle peur de ses propres enfants ? Qu’y a-t-il donc que nous n’ayons encore vécu pour ne pas nous décider enfin à travailler ! ? Non, sincèrement je ne me l’explique, mais alors, pas du tout.

 

·       Les pays africains ont-ils les moyens de vacciner en masse leurs populations comme c’est actuellement le cas en France ?

 

De quels moyens parlons-nous ? Financiers, humains ou matériels ? Financièrement, je dirai oui bien sûr que les pays Africains ont les moyens nécessaires pour vacciner en masse leurs populations. Combien de doses de vaccins faudrait-il pour chacun des pays d’Afrique Centrale ou d’Afrique de l’Ouest ? L’expérience nous enseigne malheureusement que malgré tout les pays africains ne le feront point. Ils monteront des dossiers qui les déclareront à faibles revenus au moment où l’OMS s’apprête à envoyer gratuitement les premiers lots dans des pays en développement qui n’ont pas les moyens de les acheter. Le processus s’avère complexe. L’Afghanistan, la Mongolie et l’Azerbaïdjan seront les premiers bénéficiaires. Au total, près d’une quarantaine de pays à bas ou moyens revenus sera fourni rapidement avec pour objectifs la vaccination jusqu’à 10% de leur population, a indiqué le Dr. Fukuda. Oui, 10% de leur population. L’Afrique, comme toujours s’en contentera sûrement, elle qui s’attache désormais à prouver qu’elle est pauvre. Le Pr. Housin, directeur général de la santé en France a indiqué récemment que le gouvernement français pourrait faire un don de cinq millions de doses de vaccin (Focetria de Novartis) à l’OMS pour aider les populations les plus pauvres. Il ne suffit cependant pas d’obtenir les fameux lots de vaccins, encore faudra-t-il être capable de les recevoir, les stocker et de les utiliser selon les guidelines des bonnes pratiques de fabrication. Dans un environnement émaillé de coupures intempestives d’électricité, ce ne sont même pas les 10% théoriques annoncés par l’OMS qui seront effectivement touchés mais infiniment bien moins. L’Afrique n’est malheureusement pas prête pour ce nouveau défi, et ce n’est là que la partie émergée de l’iceberg. Point n’est besoin je pense, de parler ici des moyens humains ni encore moins de moyens matériels, cela va sans dire, triste constat, pauvre Afrique.

 

·       Quels conseils donnez-vous pour prévenir ce virus ?

 

Pour éviter de contracter la nouvelle grippe A/H1N1 autant que faire se peut, il convient d’adopter les règles d’hygiène simple : se laver systématiquement les mains avec du savon ou une solution hydro alcoolique après avoir éternué ou s’être mouché, éviter le contact à moins d’un mètre avec une personne atteinte, à moins de porter un masque chirurgical. Bien entendu, seule la vaccination chaque année diminue fortement la risque de contamination.

 

·       Pour finir, un message à faire passer ?

 

J’aurai tendance à dire qu’en réalité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Il est beaucoup trop tôt pour tirer de conclusions définitives. Le virus de la nouvelle grippe A/H1N1 n’est apparu que depuis le mois d’avril dernier. L’année prochaine nous aurons plus de recul et la grippe A/H1N1 sera déjà passée par là. Même de l’aridité jaillit la fraîcheur a dit le philosophe. Beaucoup de discussion ont eu lieu sur la question de se faire vacciner ou pas. Il semble maintenant établi qu’il y a plus de risques à subir les complications dues à la nouvelle grippe A/H1N1 (risques évalués à 1 cas sur 1000) que de subir les complications inhérentes au vaccin (risques estimés à 1 cas sur 100.000). La vaccination est donc conseillée quand elle est disponible y compris pour l’Afrique.

 

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