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Imunga Ivanga ou l'amour du 7ème art.

Béto Gutiérrez.
Comment êtes-vous tombé amoureux du 7ème Art ?
Je me souviens que dans mon enfance, un de mes oncles, Isidore Walker Onèwin avait rapporté de son séjour d’Israël une caméra super 8. Il filmait régulièrement les activités quotidiennes dans notre quartier Montagne Sainte, entre la rue Alsace Lorraine et celle du Roi Denis Rapontchombo. Nous, petits neveux et autres enfants du quartier, figurions parmi ces sujets. Je dois dire que très tôt j’ai été amateur de bande dessinées et j’ai vécu l’évolution des planches, devenues par la suite très dynamique car il n’y eu bientôt plus de séparation entre les cases et parfois même étaient supprimés les phylactères. J’oubliais les nombreuses séances de projections organisées par les missionnaires au sortir de la messe dominicale ou parfois dans nos écoles. J’imagine que cela a dû contribuer à forger mon imagination. Sans doute le désir de raconter est-il né de ces années d’enfance ? …
Quelle est la particularité de vos films ?
Je ne suis pas certain d’être la personne la mieux indiquée pour y répondre. Par contre je peux vous dire que je suis assez préoccupé à la fois par des investigations dans le passé contemporain, souvent méconnu des africains parce que celui-ci est censé forger une mémoire identitaire qui définit notre futur et par une recherche esthétique spécifique qui conceptualise nos mythes qu’ils soient ancestraux ou urbains. Cela se retrouve et s’interpelle, je crois, dans mes œuvres documentaires et de fictions. Je me sens un peu comme une sorte d’explorateur…
Comment sont-ils reçus au Gabon ?
Vous savez au Gabon il n’y a plus qu’une salle de cinéma. Le Majestic. Bien sûr il y a des possibilités de projection au Centre culturel français Saint-Exupéry de Libreville, mais c’est une salle polyvalente qui accueille d’autres évènements tels des représentations théâtrales, des danses, des concerts, etc. C’est difficile de pouvoir avoir une réelle appréciation. Toutefois, s’il faut se référer à ces deux salles, je peux dire que la plupart de mes films ont reçu un accueil plutôt enthousiaste. Mais cette question d’absence de salles est une véritable tragédie…
Comment se porte le cinéma gabonais ?
Je dirai que le cinéma gabonais est une promesse. Tout simplement parce que nous avons de jeunes « talents », filles comme garçons, en formation pour certains, en début d’activités pour d’autres, toutes et tous ont des envies. Alors ce sont des graines à arroser et l’on verra sans doute fleurir très bientôt de belles orchidées tropicales.
Depuis le film « Dôlè », le cinéma gabonais semble marquer le pas. A quoi attribuez vous cela ?
La consécration de Dôlè (l’argent) en 2000, mon premier long métrage, au plan international où il a reçu de nombreuses distinctions a rappelé que le Gabon grâce à Philippe Mory est un des pays fondateurs du cinéma en Afrique noire, aux côtés du Sénégal, du Niger et de la Côte d’Ivoire. Plus tard, la comédie d’Henri Joseph Koumba Bididi Les Couilles de l’éléphant a connu un certain succès. Il faut relativiser tout cela car notre production est encore rare. C’est simple depuis 2000, il n’y a eu que trois longs métrages, l’Ombre de Liberty, mon deuxième long, étant le troisième de la liste. Heureusement, la fiction vidéo se développe. L’Auberge du salut produite par le Cenaci (Centre national du cinéma du Gabon) est à ce jour la plus connue. Des vidéastes amateurs s’y exercent aussi. Mais il y a surtout des privés qui ne lésinent pas sur les moyens et qui ont décidé de s’y attaquer en s’appuyant à la fois sur l’expérience et parfois un partenariat avec le Cenaci, mais également en faisant intervenir un encadrement de techniciens professionnels non africains. Cela devrait permettre de déceler des « auteurs», doper la production et sans doute permettre, c’est mon souhait, de rendre robuste ce cinéma qui dès sa création s’est toujours affiché sans complexe ni interdits. Donc là aussi c’est un rendez-vous.
Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le cinéma africain manque d’imagination ?
Je répondrai qu’ils se cachent peut-être derrière vous ? Plus sérieusement, cela démontre de leur part et de façon évidente une totale ignorance de ce cinéma et de ce qu’il est et donne à voir et à entendre.
Plusieurs cinéastes africains ont des problèmes pour se faire distribuer. Est-ce votre cas ?
Cette question n’est pas résolue sur le continent or les africains ont une réelle soif d’images qui les concerne. Certains films trouvent des débouchés en France ou dans certains pays européens tel l’Allemagne. Mais hormis l’exception de Bamako sorti en 2007, cela reste assez confidentiel. Après il y a des expériences différentes, notamment dans les pays anglophones et arabophones. Dans mon cas de figure, je ne fais malheureusement pas exception, même si j’ai connu quelque bonheur avec Dolè distribué au Sénégal, en Guinée Conakry, en France, en Suisse et dans certaines universités américaines. Mon film documentaire Les Flots de Libreville a également bien marché. Tv 5 a d’ailleurs diffusé ces films. Pour l’Ombre de Liberty c’est encore trop tôt, mais il y a des pistes.
Peut-on trouver vos films en dvd ?
Pour le moment il y a Dôlè et Go zamb’olowi (Au bout du fleuve) dans un même dvd édité par la francophonie. Il y a une version suisse de Dôlè édité par Trigon Film. Les Flots de Libreville, Le Chant sur la Lowé, sont sur support vhs. J’envisage de mettre sur dvd Les flots et les Tirailleurs d’ailleurs.
A quand votre prochain film ?
Jamais je ne parle de ce qui n’existe pas. En attendant, je vous invite à revisiter les anciens.
Votre lieu de vacances préféré ?
Il reste à découvrir…
Quelques mots pour qualifier Libreville…
Etonnante, schizophrène, romantique, marine…
Pour finir, un message à faire ?
Trop sérieux n’est pas très sérieux (Amadou-Hampaté Bâ)

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