Nouvel article de Mose Chimoun dans AfrikR?©flexion.

S.M.B
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Le lien "Litt?©rature" d'AfrikR?©flexion accueille un nouvel article du camerounais Mose Chimoun. Cet article a pour titre "Mythe et cr?©ation litt?©raire dans l'oeuvre de Louis Camara" In: Langues et Litt?©ratures, n¬? 11, 2007, pp.41-60. Mose Chimoun est Ma?Ætre de Conf?©rences en Litt?©rature Compar?©e ?† l'Universit?© Gaston Berger de Saint-Louis (S?©n?©gal).

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MYTHE ET CREATION LITTERAIRE DANS L‚Äô?íUVRE DE LOUIS CAMARA


Mos?© CHIMOUN, Ma?Ætre de Conf?©rences en Litt?©rature Compar?©e, Universit?© Gaston Berger de Saint-Louis, S?©n?©gal. T?©l. : (+221) 689 71 55 ; courriel : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.


Introduction


Louis Camara s‚Äôest signal?© sur la sc?®ne litt?©raire nationale et internationale par son premier roman Le choix de l‚ÄôOri qui a obtenu le prix du Pr?©sident de la R?©publique du S?©n?©gal pour les Lettres en 1996, suivi en 1998 par Histoire d‚ÄôIyewa ou les pi?®ges de l‚Äôamour, en 2003 par Le tambour d‚ÄôOrumila et La tragique histoire d‚ÄôAganoribi. Les titres des ces ouvrages constituent un programme de contes fond?© sur les mythes de la cosmogonie yoruba dont Louis Camara s‚Äôinspire pour sa cr?©ation romanesque. Il n‚Äôintroduit pas une forme litt?©raire jusqu‚Äôici inconnue. Il s‚Äôinscrit dans la lign?©e des philosophes de l‚Äô?©poque post-mythique dont le plus c?©l?®bre reste Platon avec le mythe de la caverne. Comme ses pr?©d?©cesseurs, Camara utilise le mythe pour une mise en sc?®ne all?©gorique afin de mieux faire percevoir d‚Äôune mani?®re concr?®te sa conception des relations humaines. Dans cette perspective, et contrairement ?† Platon qui cr?©ait des mythes originaux, Camara proc?®de plut?¥t par la transformation des mythes existants, ?† savoir ceux du pays yoruba, pour faire passer sa r?©flexion sur la condition humaine. Pour cette ?©tude, nous avons jug?© n?©cessaire de concentrer notre analyse sur un seul ouvrage, Le choix de l‚ÄôOri, afin de voir dans quelle mesure il est un r?©cit all?©gorique, c‚Äôest-?†-dire la gestion de la soci?©t?© moderne vue ?† travers le mythe. Pour se faire, nous essaierons dans un premier temps de pr?©senter l‚Äô?ìuvre et de mettre en relief son caract?®re hypertextuel, dans un second, nous d?©montrerons qu‚Äôelle est la r?©action de l‚Äôauteur face aux ph?©nom?®nes sociaux n?©gatifs qui p?®sent sur le cours de l‚Äôhistoire de l‚Äôorganisation des soci?©t?©s africaines et enfin, il sera question de confirmer le r?¥le du mythe comme garant de la moralit?© dans la soci?©t?©.


  1. Pr?©sentation de Le choix de l‚ÄôOri1


Le choix de l‚ÄôOri est l‚Äôhistoire de trois jeunes nomm?©s Oril?©?©m?©r?©, Oriseeku et Afwap?© qui se d?©cident de quitter le ciel o?? ils vivent heureux et libres pour une aventure sur la terre. Oril?©?©m?©r?© est le fils de la nymphe des eaux appel?©e Ij?† ; Oriseeku est le fils d‚ÄôOgun, le belliqueux dieu de fer et de la guerre. Afwap?© est le fils de Ifa Obarisha, le prince de tous les Orishas, dieu de la sagesse et de l‚Äôintelligence. La descendance de chacun d?©termine son comportement : Oril?©?©m?©r?© est timide, influen?ßable et peu batailleur, Oriseeku est violent, difficile, enclin ?† la col?®re, Afwap?© est sage et intelligent (C.O. p. 11) Les anciens inform?©s de la volont?© des jeunes de faire le voyage sur la terre, se r?©unissent sous le baobab c?©leste et Ogungun, dieu des anc?™tres autorise le d?©part des jeunes malgr?© le refus de la majorit?© des anciens. Ils donne comme raison: ¬´Chacun est libre de choisir son destin [‚Ķ] Ils sont jeunes, laissons les partir et donnons leur la chance d‚Äô?©prouver leurs capacit?©s et de satisfaire leur curiosit?© ; je sais qu‚Äôapr?®s cela ils seront plus raisonnables. ¬ª (C.O. pp.14-15) Mais il leur donne les recommandations suivantes :


¬´D?®s que vous serez partis du ciel, allez droit devant vous, tout droit et surtout, ne vous tournez sous aucun pr?©texte. Si quelqu‚Äôun vous appelait, f?ªt-il votre p?®re, ne lui r?©pondez pas et passez outre. [‚Ķ] Soyez toujours respectueux et polis ?† l‚Äô?©gard des personnes plus ?¢g?©es que vous et aussi sachez tenir votre langue. Cela ne pourra vous porter que la chance. ¬ª (C. O. p. 17)2


Les jeunes doivent se rendre chez Ajala le potier pour le choix de l‚ÄôOri. La premi?®re rencontre se fait avec un vieux appel?© celui-qui-enfile-de-l‚Äôigname-avec-une-aiguille (ou gnome). Ils lui demandent le chemin ; le gnome leur dit que c‚Äôest apr?®s avoir fini d‚Äôenfiler ses ignames qu‚Äôil leur indiquera le chemin, Oriseeku manifeste bruyamment son impatience. Le gnome se f?¢che et ce n‚Äôest que gr?¢ce au comportement respectueux d‚ÄôOrim?©?©l?©r?© que celui-ci leur donne les informations. Il leur dit qu‚Äôils trouveront au bout du chemin un vieil elfe qui leur indiquera par la suite le chemin pour arriver chez Ajala le potier. Afwap?© doit les quitter parce qu‚Äôil re?ßoit un appel du ciel de Ifa, son p?®re, ¬´ la cr?©celle divinatoire d‚ÄôIfa Obarisha ¬ª qui a besoin de lui pour l‚Äôaider. Oril?©?©m?©r?© et Oriseeku continus le chemin et arrivent chez le vieil elfe qui pr?©pare sa soupe. Par leur comportement irrespectueux, ils sont chass?©s et maudits par le vieil homme. Pour n‚Äôavoir pas observ?© les recommandations d‚ÄôOgungun, les deux jeunes gens connaissent un parcours difficile. Alors que Afwap?© arrive au ciel et re?ßoit la b?©n?©diction pour le voyage terrestre. Il doit rejoindre ses amis. Il se dessine alors deux groupes : les personnages n?©gatifs que sont Oril?©?©m?©r?© et Oriseeku, le personnage positif qu‚Äôest Afwap?©.


    1. Le parcours des personnages n?©gatifs :


D?©j?† condamn?©s par les dieux pour n‚Äôavoir pas suivi les recommandations

du dieu Ogungun, Oriseeku et Oril?©?©m?©r?© iront de m?©saventure en m?©saventure :

Ils rencontrent d‚Äôabord un sale boiteux qui pr?©tend ?™tre le domestique de Ajala. Ce dernier leur extorque des cauris pour peu de renseignement. Oriseeku l‚Äôinjurie : ¬´ Canaille! ‚Ķ fripouille ! ‚Ķ c‚Äôest du vol ! ‚Ķ c‚Äôest de l‚Äôescroquerie ! ¬ª (C.O. p. 59)

Ensuite, ils arrivent chez Ajala le potier en son absence et trouve Lijadu, un grand escroc, qui les conduit chez Fagunwa le gardien du d?©p?¥t des Ori. Par des pratiques frauduleuses, ils leur vendent deux Oris ?† 400.000 cauris qui repr?©sentent la totalit?© des sommes qu‚Äôils ont dans leur bourse. Ils sont r?©duits ?† la mendicit?©. Ils errent et arrivent dans une chaumi?®re o?? ils ne trouvent personne, mais une table dress?©e avec repas et boisson. Ils mangent, boivent et sont pris par un sommeil profond. Eshu, le propri?©taire arrive et constate le d?©sordre caus?© par les deux jeunes en sommeil. Il leur verse un produit sur le visage qui les rend affreux ?† voir. Traqu?©s dans les villages o?? ils arrivent, ils finissent par ?™tre re?ßus au village de Oyo. Oriseeku sombre dans l‚Äôalcool, le vol et l‚Äôoisivet?©. Il devient fou et meurt dans un caniveau ; son corps est alors mang?© par les chiens errants. Il est donc ch?¢till?© par Eshu comme l‚Äôavait maudit le vieil elfe. Oril?©?©m?©r?© am?©liore sa d?©formation physique en s‚Äôinvestissant dans la pri?®re et le travail dans une famille qui l‚Äôa adopt?©. Il s‚Äôy int?®gre finalement et ?† sa mort, de belles fun?©railles lui sont organis?©es. Il meurt dans la dignit?© et retourne au ciel.


1.2 Le parcours du personnage positif :


D?©j?† au ciel Afwap?© re?ßoit la b?©n?©diction de If?†. Par sa gentillesse, il a une merveilleuse rencontre avec le vieil elfe. Ce dernier l‚Äôaccompagne jusqu‚Äô?† la colline au bas de laquelle se trouve le domaine de Ajala le potier. Afwap?© est g?©n?©reux, humain. Il paie la dette de 50 cauris qu‚Äôexige un cr?©ancier de Ajala. Ce comportement humain lui vaut la visite de Ajala qui lui offre gratuitement un Ori adapt?© ?† un bon destin sur la terre. Il l‚Äôajuste lui-m?™me sur sa t?™te. Afwap?© fait donc un voyage sur la terre sans rencontrer de difficult?©s. Dans tous les villages o?? il passe, il est accueilli avec enthousiasme. Il arrive ?† Oyo o?? il est fait Orisanmi, c‚Äôest-?†-dire l‚Äôenvoy?© des dieux. Escort?© par une arm?©e et acclam?© par une foule en d?©lire, il est conduit chez le roi sur un cheval bien par?©. Il est install?© dans l‚Äôun des somptueux pavillons du palais avec serviteur et tout ce dont il a besoin. Il est alors nomm?© Premier Ministre puis il ?©pouse la fille du roi avec qui il a beaucoup d‚Äôenfants. Tr?®s bon Premier Ministre, il jouit d‚Äôun pouvoir incontest?©. Sa mort ne fut qu‚Äôune m?©tamorphose qui le ram?®ne au ciel.


    1. L‚Äôhypertextualit?© de Le choix de l‚ÄôOri

L‚Äô?ìuvre de Louis Camara de par sa nature pr?©sente les caract?©ristiques d‚Äôun mythe. A l‚Äôintroduction on peut lire ceci : ¬´Jadis vivait au ciel, ?† une ?©poque dont nulle n‚Äôa souvenance, trois jeunes gens dont les seules  occupations ?©taient les jeux et les distractions de toutes sortes. ¬ª (C.O. p. 9) l‚Äôauteur fait comprendre qu‚Äôil propose une histoire sacr?©e qui a eu lieu dans un temps fabuleux des commencements. La sacralisation est mise en relief par les descendants des dieux comme Ij?†, dieu des eaux, Ogun, dieu du fer et de la guerre et Ifa Obarisha, dieu de la sagesse et de l‚Äôintelligence. Les dieux, ne pouvant descendre sur la terre, ce sont leurs enfants qui entreprennent le voyage. Les enfants incarnent les g?©niteurs: Oril?©?©m?©r?© est timide ?† l‚Äôinstar des eaux dont il est issu, Oriseeku violent, toujours pr?™t ?† en d?©coudre avec toute personne qui s‚Äôoppose ?† sa volont?© et Afwap?© incarne l‚Äôintelligence et la sagesse. Leur r?©ussite au cours du voyage et sur la terre en d?©pendra. D?©j?† ?† ce stade de l‚Äôexposition des personnages et les dieux qu‚Äôils incarnent, on peut faire un rapprochement avec la Bible : Dieu ne pouvant vivre sur terre, il envoya son fils J?©sus Christ affronter les dures r?©alit?©s terrestres. C‚Äôest donc un Dieu devenu homme qui doit agir dans le monde et sa mort n‚Äôest qu‚Äôune mise en sc?®ne de la victoire du Bien sur le Mal, de sorte qu‚Äôil est rentr?© au ciel par une simple m?©tamorphose. Issu d‚Äôun Dieu bon, charitable et puissant, J?©sus Christ a men?© une vie exemplaire et accompli des miracles. Afwap?© est dans ce contexte l‚Äôimage du Christ, car b?©ni au ciel et envoy?© sur la terre, il a vaincu toutes les forces du mal et sa mort n‚Äôa ?©t?© qu‚Äôun retour triomphal au ciel :

¬´La vertu du ciel demeura en lui et il agit toujours en restant en paix. Son influence s‚Äôexer?ßait comme le soleil et la lune r?©pandent leur lumi?®re, comme les saisons se succ?®dent, comme le jour et la nuit ont leur r?©gularit?©, comme le nuage am?®ne la pluie. [‚Ķ] Ayant connu la joie du ciel, sa vie fut l‚Äôaction du ciel et sa mort ne fut qu‚Äôune m?©tamorphose.¬ª (C.O. pp. 202-201)


Louis Camara s‚Äôefforce de faire appara?Ætre l‚Äôhypotexte, c‚Äôest-?†-dire le mythe tel qu‚Äôil est cont?© dans les soci?©t?©s yoruba, par sa mani?®re de narrer. Il emploie les expressions suivantes : ¬´Voici ce que retinrent du fils d‚ÄôIfa les chroniques de la cit?©‚Ķ ¬ª (C.O. p. 200) et puis : ¬´ Il suffisait‚Ķ¬ª poursuit la chronique ¬´ ‚Ķ qu‚Äôil l?®ve le petit doigt‚Ķ ¬ª (C.O. p. 201) Louis Camara n‚Äô?©tant pas lui-m?™me Yoruba, il est clair qu‚Äôil n‚Äôa proc?©d?© qu‚Äô?† la transformation des corpus des mythes pour arriver ?† cette production litt?©raire. Le caract?®re hypertextuel de l‚Äô?ìuvre n‚Äôest plus ?† douter. Il s‚Äôagit, si l‚Äôon suit la logique de Louis Camara qui fait de son texte une chronique, d‚Äôune transformation simple, c‚Äôest-?†-dire, la transposition de l‚Äôaction des mythes yoruba ?† l‚Äôespace s?©n?©galais.3 Louis Camara proc?®de ?† la reprise du sens mythique dans un nouveau contexte culturel de r?©ception.4 Il s‚Äôagit plus pr?©cis?©ment du passage du mythe traditionnel tel qu‚Äôil est connu chez les Yoruba, donc de l‚Äôhypotexte, au mythe litt?©raire, c‚Äôest-?†-dire ?† un autre texte, l‚Äôhypertexte, qui tend ?† changer l‚Äôinterpr?©tation des mythes sources.5 Le Choix de l‚ÄôOri appara?Æt plut?¥t comme une nouvelle version des mythes yoruba. Il ne substitue pas les pr?©c?©dentes versions, mais coexiste avec eux. Au-del?† de ce greffage de Le choix de l‚ÄôOri aux mythes yoruba, il constitue en soi un mythe dans lequel se manifeste la vision de son auteur des r?©alit?©s des soci?©t?©s modernes de l‚ÄôAfrique. L‚Äôenvergure populaire atteinte par cette ?ìuvre6 fait d‚Äôelle un grand produit du mythe s?©n?©galais dans la mesure o?? L?©vi-Strauss reconna?Æt que les ¬´?ìuvres individuelles sont toutes des mythes en puissance, mais c‚Äôest leur adoption sur le mode collectif qui actualise, le cas ?©ch?©ant, leur ‚Äòmythisme‚Äô ¬ª.7 La relation hypertextuelle fait donc de Le choix de l‚ÄôOri un mythe litt?©raire car il ne s‚Äôagit pas d‚Äô?©tablir une r?©alit?© tenue pour vraie comme ce fut le cas avec les mythes yoruba, mais de perp?©tuer une lign?©e litt?©raire.8 Ainsi, Louis Camara p?©rennise une tradition fond?©e par des philosophes de l‚Äô?©poque post-mythique comme Protagoras, Emp?©docle et Platon.


  1. Le choix de l‚ÄôOri comme r?©action face aux ph?©nom?®nes sociaux


Pour Hans Robert Jauss :

¬´L‚Äôhistoire litt?©raire d‚Äôun mythe n‚Äôest plus une sorte de monologue, o?? s‚Äôexprime progressivement un sens pr?©existant dans sa puret?© et sa pl?©nitude originelles, mais une sorte de dialogue, qui devient une appropriation croissante d‚Äô?ìuvre ?† ?ìuvre ?† travers l‚Äôhistoire d‚Äôune r?©ponse ?† une grande question qui touche ?† la fois l‚Äôhomme et le monde. ¬ª9


Le mythe appara?Æt donc comme un r?©cit signifiant autre chose que lui-m?™me ; de ce fait, il concerne tous les rapports de l‚Äôexistence et de la pens?©e humaine avec lesquels il peut ?™tre mis en rapport. Louis Camara se sert alors de son hypertexte, Le choix de l‚ÄôOri, pour mettre le doigt d‚Äôune part sur les maux qui minent les soci?©t?©s africaines modernes et d‚Äôautre part pour relever qu‚Äôon peut s‚Äôattendre ?† des personnes int?®gres qui donneront encore l‚Äôespoir quant ?† un changement positif dans le monde.


    1. La peinture d’un monde impitoyable


Le parcours des personnages n?©gatifs, ?† savoir Oriseeku et Orim?©?©l?©r?©, est jonch?© d‚Äô?©pisodes qui mettent en relief le monde des m?©chants. Oriseeku est la caricature de la majorit?© des jeunes de nos soci?©t?©s modernes ; au S?©n?©gal par exemple, la jeunesse d?©sorient?©e et agressive se font appeler g?©n?©ration bulfal?©, c‚Äôest-?†-dire une g?©n?©ration qui ne croit en rien et en personne et qui est pr?™te ?† en d?©coudre avec qui que ce soit; plus de respect pour les personnes ?¢g?©es, les dieux et la tradition. Oriseeku est de la race des corrompus : au moyen des cauris qui repr?©sentent les devises de l‚Äô?©poque, il veut obliger le vieil elfe de lui donner un renseignement. Elfe refuse et r?©siste ?† la tentative de corruption. La conversation entre les deux se passe comme suit :


¬´ Ecoute bonhomme, donne nous ce renseignement et tu auras tout ceci pour toi‚Ķ ¬ª (C.O. p. 48)

¬´ Mais vous m‚Äôagacez [‚Ķ] allez vous faire voir avec vos maudits cauris ! je n‚Äôen ai pas besoin. [‚Ķ] Cessez de m‚Äôimportuner et allez vous en ! Vous finirez par me faire rater ma sauce ! ¬ª (C.O. p. 48)


F?¢ch?©, Oriseeku renverse la marmite de sauce du vieil elfe. Ce dernier prof?®re des menaces et des mal?©dictions en invoquant les noms des dieux comme Eshu10 et Shango.11 Oriseeku n‚Äôest ¬´ nullement impressionn?©, n‚Äô?©prouvant aucun remords, [‚Ķ] resta de marbre. ¬ª (C .O. p. 51 )

Apr?®s cet ?©pisode o?? Oriseeku est l‚Äôagresseur, il sera victime du jeu dont il pense ma?Ætriser les r?®gles. La rencontre avec un sale boiteux, symbole des gens malhonn?™tes, des escrocs et des malfrats de tout poils, constitue un premier ch?¢timent des dieux : le boiteux pr?©tend qu‚Äôil est le domestique de Ajala. C‚Äôest ainsi que profitant de leur na?Øvet?©, il leur extorque des cauris pour peu de renseignement.

Les deux jeunes gens arrivent dans le domaine en l‚Äôabsence de Ajala et sont d?©pouill?©s par Lidaju avec l‚Äôaide de Fagunwa, son complice car les jeunes gens acceptent un marchandage frauduleux que leur propose Lidaju. La complicit?© des deux personnages est illustr?©e par cette question de Fagunwa: ¬´Combien peuvent-ils nous donner ? Tu sais bien les risques que je cours en faisant cela ‚Ķ Je pourrais y perdre ma place. ¬ª (C. O. p. 96) A la fin de ce march?© des dupes,  les jeunes en sortent perdants. C‚Äôest ainsi que voulant implorer la piti?© ils sont brutalis?©s et jet?©s hors du d?©p?¥t des Oris par le monstre de Fagunwa. Ils ont ?©t?© victimes d‚Äôune pratique crapuleuse puisque les Ori ne se vendent pas ; plus grave, la solidit?© des Ori n‚Äôa pas ?©t?© test?©e et ils n‚Äôont pas ?©t?© fix?©s ?† leur cou comme l‚Äôexigent les dieux ; il existe des Ori mal fabriqu?©s et d‚Äôautres r?©serv?©s aux dieux. Il n‚Äôy a que Ajala le potier, une divinit?© secondaire, pour garantir un choix judicieux. En poussant la r?©flexion, on comprend que Louis Camara met en garde contre tout ce qui est achet?© dans la clandestinit?©. On court le risque de payer cher et sans garantie. Le monde moderne est quadrill?© par les trafiquants qui proposent dans les march?©s noirs des produits de contrefa?ßon. Dans les villes africaines et m?™me europ?©ennes, les produits de la contrebande envahissent les ?©talages des boutiques et les abords des rues. Lidaju est le symbole de ces trafiquants qui ne croient en rien d‚Äôautre qu‚Äô?† l‚Äôargent. Pour encaisser les sous, il dit aux jeunes gens : ¬´ ‚Ķ Les bons comptes font les bons amis [‚Ķ] par ici [‚Ķ] vous pouvez me remettre les sous. ¬ª(C .O.p.99) Il est d?©crit comme rapace en ces termes : ¬´ Ils remirent tout le contenu de leurs bourses ?† Lidaju qui s‚Äôen saisit de ses longs doigts maigre et crochus, semblables ?† un rapace agrippant une proie longtemps convoit?©e. ¬ª (C.O. p.100) Les deux voyageurs sont donc d?©pourvus de tout moyen de subsistance pour continuer leur voyage. Lidaju et Fagunwa symbolisent plus les bandits de grands chemins commun?©ment appel?©s ¬´ coupeurs de routes ¬ª dans beaucoup des pays africains car le corrompu ne vident jamais la bourse du corrupteur; il n‚Äôest qu‚Äôun petit profiteur. Dans les soci?©t?©s africaines modernes, le corrompu se contente dans la plupart des cas de peu de chose pour arrondir les fins du mois. Le corrompu compte sur la r?©gularit?© des usagers pour se maintenir en vie ; dans son geste il veut garder un visage humain, il veut que l‚Äôusager se sente ¬´ aid?© ¬ª, qu‚Äôil se dise ¬´ qu‚Äôon lui a rendu service ¬ª. Lidaju et Fagunwa ont un langage des braqueurs : ¬´ J‚Äôesp?®re qu‚Äôil n‚Äôy manque pas un seul cauri ‚Ķ sinon ‚Ķ ¬ª (C.O. p. 100) La s?©paration est brutal :

¬´Fagunwa prit nos deux malheureux voyageurs par le collet et de sa force hercul?©enne les poussa sans m?©nagement vers l‚Äôune des innombrables sorties de la maison d‚ÄôAjala : ‚Äòil n‚Äôy a pas de mais et de si‚Äô gronda-t-il [‚Ķ] disparaissez! ‚Ķ allez! ‚Ķ ouste! ‚Ķ et plus vite que ?ßa ! ¬ª (C.O. p.127)


Lidaju confirme son caract?®re d‚Äôescroc en s‚Äôadressant ?† Fagunwa en ces termes : ¬´Avoue quand m?™me que nous avons r?©ussi un gros coup ! 400.000 cauris ! [‚Ķ] tu te rends compte 400.000 cauris en une seule fois ! C‚Äôest vraiment une affaire en or. ¬ª.

Le drame du monde moderne corrompu est illustr?© par le fait que de nos jours, toute personne qui ne comprend rien du m?©canisme de la corruption est qualifi?©e d‚Äôabrutie. Fagunwa dit ?† Ladiju ?† propos des deux voyageurs : ¬´ En tout cas, ne m‚Äôemm?®ne plus jamais de type de cette esp?®ce ‚Ķ, de vrais abrutis ! ¬ª (C.O. p. 128)

De tels comportements ne peuvent conduire qu‚Äô?† la d?©ch?©ance du monde. La chute de nos deux jeunes commence par la consommation excessive d‚Äôalcool contenu dans la bi?®re de mil et du vin de palme. Ils sont constamment en ?©tat d‚Äôivresse, ce qui leur procure une ambiance euphorique qui d?©bouche sur un sommeil profond. Cette mani?®re de s‚Äô?©vader devant les dures r?©alit?©s quotidiennes est bien connue de nos jours dans le monde moderne. Mais les consommateurs de cette drogue sont toujours tr?®s vite rattrap?©s et doivent faire face ?† leur responsabilit?©. Ceci est mis en relief par la grande pluie qui s‚Äôabat sur les deux jeunes gens endormis. Ils doivent se trouver un abri s?ªr. C‚Äôest dire en d‚Äôautres termes que les jeunes doivent se battre pour un avenir qui leur garantit un plein ?©panouissement. La suite de l‚Äôhistoire des deux jeunes gens illustre cette th?®se : dans leur recherche d‚Äôun abri, ils rentrent dans une chaumi?®re bien meubl?©e, y trouvent une table dress?©e et garnie de plats ; ils vident tout, nourriture et boisson et tombent dans un sommeil profond. Or le repas est celui de Eshu, le dieu qui ch?¢tie et r?©compense les hommes selon leur conduite. Eshu arrive, constate les d?©g?¢ts et comme punition, il les transforme en monstre. Ils m?©ritent le ch?¢timent, car, en hommes bien ?©duqu?©s, ils ne se seraient jamais permis de se gaver de nourriture qui ne leur est pas destin?©e. C‚Äôest donc la descente aux enfers pour les deux d?©linquants. Mais ?† ce niveau, Louis Camara fait voir que dans la vie, rien n‚Äôest enti?®rement acquis ou perdu d‚Äôavance. Pour Oriseeku, sa cause est entendue ; il sombre dans l‚Äôalcool, l‚Äôoisivet?© et le vol. Il n‚Äôa pour compagnons que des parias de la soci?©t?© comme lui. Il devient fou et meurt dans la solitude. Son corps est mang?© par les chiens errants. Cette fin triste d‚ÄôOriseeku n‚Äôest plus ?©trange dans notre monde moderne. M?™me dans les pays riches, il est de plus en plus question de ¬´ sans domicile fixe ¬ª, en d‚Äôautres termes, des clochards, ces personnes qui ne tiennent debout que sous l‚Äôeffet de l‚Äôalcool et des drogues dures et qui rejettent en leur mani?®re les conventions contraignantes des soci?©t?©s modernes. Quant ?† Oril?©?©m?©r?©, tout n‚Äôest pas perdu ; il peut encore am?©liorer sa condition. Il trouve le salut dans le travail et la pri?®re, autrement dit, il tourne le dos ?† la d?©bauche et se conforme aux normes sociales. Il int?®gre une famille et se fait accepter par son assiduit?© au travail de sorte qu‚Äô?† sa mort, il a droit ?† de belles fun?©railles. Il meurt donc dans la dignit?© et retourne au ciel. Il se d?©gage donc une le?ßon de vie : la condition humaine est r?©gl?©e par le travail bien fait et la foi en Dieu.


    1. Un monde meilleur possible


L‚Äôespoir de la possibilit?© d‚Äôun monde meilleur est illustr?© par le parcours de Afwap?©. Descendant d‚ÄôIfa Obarisha, dieu de la sagesse et de l‚Äôintelligence, Afwap?© est en quelque sorte le messie dans ce mythe. Le respect qu‚Äôil voue aux personnes ?¢g?©es est remarquable. Chez le vieil elfe, il est d‚Äôune patience ?©tonnante, de sorte que elfe lui fait cette remarque: ¬´ Heureusement, il y a encore les jeunes polis comme toi. ¬ª (C.O. p. 66) C‚Äôest cette ob?©issance qui pousse elfe ?† lui donner des informations vitales sur Ajala le potier : ¬´‚Ķ Sache qu‚ÄôAjala est un incorrigible emprunteur, cribl?© de dettes et toujours en train de jouer ?† cache-cache avec ses cr?©anciers. ¬ª (C.O. p. 84) Louis Camara utilise ses personnages pour se livrer ?† une r?©flexion profonde sur la fonction de l‚Äôargent dans la soci?©t?© : Alaj?©r?©, le cr?©ancier, est un homme cupide, une sangsue (C .O. p. 118-119) quelqu‚Äôun qui ne croit qu‚Äôen l‚Äôargent. Pour cinquante cauris, une somme banale, il crie et vocif?®re devant le portail de Ajala, son d?©biteur, en ces termes : ¬´ Sacripant! ‚Ķ escroc, [‚Ķ] gredin, voleur, filou.¬ª (C.O. p. 106) Louis Camara livre en ces termes les impressions de Afwap?© qui ne sont d‚Äôailleurs que les siennes :


¬´Tant de petitesse et mesquinerie d?©passait son entendement ! [‚Ķ] Il hocha la t?™te longuement, tout ?©tonn?© que l‚Äôon p?ªt faire tant d‚Äôhistoires pour si peu de choses. Quel mauvais dieu que l‚Äôargent ! [‚Ķ] et comme il peut rendre les gens m?©chants, intol?©rants et born?©s ‚Ķ ¬ª (C.O. p. 107)

L‚Äôargent est le nerf de la guerre dans ce monde moderne ; la course effr?©n?©e pour l‚Äôenrichissement entra?Æne une exploitation inhumaine de la soci?©t?©.12

Afwap?© en toute humilit?© rembourse la dette de Ajala et a donc acc?®s au d?©p?¥t des Ori de Ajala le potier. Ce dernier l‚Äôaide ?† choisir un Ori pur et le fixe lui-m?™me sur sa t?™te, afin de lui assurer un bon s?©jour sur la terre. Afwap?© est alors bien arm?© pour affronter les dures r?©alit?©s terrestres : ¬´ Maintenant tu es fin pr?™t pour la grande aventure terrestre. ¬ª (C.O. p. 161) Mais avant de partir, Ajala lui donne une le?ßon sur la terre. Il fait comprendre que partout o?? il passera sur la terre, il constatera qu‚Äôil y r?®gne la mis?®re dans les esprits et les ?¢mes, mais qu‚Äôil est possible d‚Äôy mener une belle vie parce qu‚Äôil y trouvera aussi des hommes de bonne volont?©:

¬´Malgr?© tout le mal que l‚Äôon peut dire, la Terre est un lieu attachant o?? l‚Äôon trouve une multiplicit?© et une vari?©t?© infinie d‚Äô?™tres et de choses. Certaines de ces choses sont belles, admirables m?™me, ou au contraire laides, repoussantes. Nombre d‚Äôhommes sages, avis?©s, g?©n?©reux y vivent mais ?† c?¥t?© d‚Äôeux, il y en a aussi malheureusement de stupides, born?©s, cruels, mesquins‚Ķ ¬ª (C.O. p. 162)


Ce qui para?Æt ?™tre comme un instant des conseils d‚Äôun sage ?† un jeune, n‚Äôest rien d‚Äôautre qu‚Äôun s?©jour initiatique aupr?®s de Ajala. Comme dans les bois sacr?©s dans les zones foresti?®res d‚ÄôAfrique o?? les jeunes gens subissent les rites de passage afin de devenir des hommes pr?©par?©s ?† lutter contre les dures r?©alit?©s de la vie,13 Ajala, apr?®s la d?©finition de la Terre, instruit Afwap?© sur les d?©sirs des hommes en ces termes :


¬´ Ce que l‚Äôon y m?©prise surtout ce sont l‚Äôindigence, l‚Äôobscurit?©, la mort pr?©matur?©e et la mauvaise r?©putation ; mais ce que tout le monde respecte ce sont les richesses, les honneurs, l‚Äôexcellence ; ce dont tout le monde fait sa joie, ce sont le bien-?™tre corporel, la bonne chair, les beaux v?™tements, les belles couleurs et la musique ‚Ķ J‚Äôajouterai que les trois choses les plus d?©sir?©es par les hommes sont la post?©rit?©, la fortune et la long?©vit?© ‚Ķ ¬ª (C .O. p. 163)


On rel?®ve que Ajala attire l‚Äôattention de Afwap?© sur les facteurs essentiels qui polarisent les ?©nergies des hommes et qui ont mis en p?©ril la coh?©sion et la paix sociales dans beaucoup de pays du monde, ?† savoir les richesses et les honneurs. Les hommes ne se battent que pour leur ventre, les d?©sirs charnels et la domination absolue. Ils sont pr?™ts au pire, c‚Äôest-?†-dire ?† marcher sur les cadavres pour se maintenir au pouvoir.14 Il n‚Äôest nulle part question de la spiritualit?©, de l‚Äôamour du prochain dans le comportement des hommes. En poussant la r?©flexion, on constate que Ajala voit dans la recherche effr?©n?©e de la fortune la cause de la corruption et des malversations de toute sorte. C‚Äôest ce d?©sir qu‚Äôil faut ?† tout prix satisfaire qui justifie le comportement des bandits de grands chemins et escrocs symbolis?©s dans ce mythe litt?©raire par Ladiju et Fagunwa.

Mais Afwap?© dont le destin est de conduire le peuple veut savoir comment ?™tre au-dessus de ce comportement, en d‚Äôautres termes, comment ?™tre un bon meneur d‚Äôhommes. A cette question, Ajala lui r?©pond :


¬´ Il faut avoir une bonne conduite et suivre une bonne voie. Sois circonspect et corrige-toi toi-m?™me ; ne m?©prise pas ceux qui ne savent pas se d?©fendre, n‚Äôabandonne pas les pauvres gens, souffre avec ceux qui ont des morts, r?©jouis-toi avec ceux qui ont des enfants, aie de la compassion pour les femmes ; sois juste et bon pour tous. ¬ª (C.O. pp.163-164)


Ajala lui donne une le?ßon de l‚Äôhumilit?© car un meneur doit vibrer en phase avec son peuple afin de s‚Äôattendre ?† un soutien sans faille de sa part.15

Ajala le met en garde contre l‚Äôambition, un trait de caract?®re qui anime les dirigeants de ce monde. L‚Äôambition conduit ?† des fins tragiques, car elle suppose la mise en ?ìuvre des moyens qui vont au-del?† du tol?©rable.16 Il lui prodigue des conseils qui sont plut?¥t des recommandations en ces termes:


¬´ Ne sois pas ambitieux [‚Ķ] de tous les instruments de la mort, l‚Äôambition est la plus dangereuse. Reste toujours pur et simple ; la puret?© et la simplicit?© maintiennent l‚Äôesprit dans son ?©tat originel. [‚Ķ] Celui qui poss?®de en soi la puret?© et la simplicit?© est un homme v?©ritable. ¬ª (C.O. p. 164)


Ajala convie Afwap?© ?† une certaine ?©l?©vation spirituelle qui place les meneurs d‚Äôhomme au-dessus de la m?™l?©e. A cet effet, il doit ?™tre conscient du pouvoir du destin sur l‚Äôaction humaine sans pour autant exclure le devoir, car il est ce qui se situe dans le domaine du possible chez l‚Äôhomme : ¬´ Sous le ciel, il existe deux lois, l‚Äôune est le destin, l‚Äôautre est le devoir. (C. O. p. 164)

Ajala, qui est un dieu, termine son rite de passage par la sublimation du ciel et de la terre : ¬´ Consid?®re le Ciel et la Terre comme le crit?®re de grandeur‚Ķ ¬ª (C .O. p.164) Si tous les habitants de ce monde avaient fait de la terre un lieu sacr?©, on n‚Äôassisterait pas impuissamment ?† la destruction massive de l‚Äôenvironnement, encore moins ?† l‚Äôexploitation anarchique du sol et du sous-sol qui ne profite qu‚Äô?† une poign?©e d‚Äôindividus ?©go?Østes et corrompus jusqu‚Äô?† la moelle des os.17

Ajala termine son cours d‚Äô?©duction morale en insistant sur le respect de la justice et de l‚Äôint?©grit?© morale :


¬´ Sache toujours rester grand, quelles que soient les circonstances ; sois toujours bon, juste, g?©n?©reux et conserve ta droiture int?©rieure. Si tu te conformes ?† tous ces principes, tu accompliras de grandes choses et m?®neras ta mission ?† bien. ¬ª (C. O. p. 165)


Afwap?© est donc s?©rieusement pr?©par?© pour son s?©jour sur la terre. Il sait que la justice et le respect de toutes les cr?©atures sont les conditions d‚Äôune vie parfaite sur la terre et que toute personne qui r?©pand le bonheur sur le monde pr?©pare sa place au ciel. Celui qui croit en Dieu ou qui pr?©tend ?™tre son disciple ne doit pas oublier d‚Äôappliquer les ?©l?©ments qui fondent la foi : la g?©n?©rosit?© et la probit?©. L‚ÄôOri qu‚Äôil porte au cou n‚Äôest rien sans un pr?©cepte de vie fond?© sur la justice, la foi en l‚Äô?™tre humain et le respect de la nature.


  1. Mythe comme garant de la moralit?© dans les soci?©t?©s


Afwap?© arrive ?† Oyo et prend les commandes de la ville en sa qualit?© de Premier Ministre du roi Alafing. Louis Camara utilise cette phase de la vie de Afwap?© en tant qu‚Äôautorit?© supr?™me de la soci?©t?© de Oyo pour instruire ses lecteurs sur les qualit?©s d‚Äôun bon dirigeant : ¬´Afwap?© gouverna avec sagesse et mod?©ration et fut toujours aim?© du peuple. ¬ª (C.O. p. 200) Il met en relief deux qualit?©s : la sagesse et la mod?©ration. En se r?©f?©rant ?† Aim?© C?©saire dans La trag?©die du roi Christophe, on y rel?®ve qu‚Äôil y est question de l‚Äôabsence de mod?©ration et de la sagesse qui conduit le roi Christophe ?† la catastrophe. Avant sa chute, sa femme le met en garde dans un discours clair: ¬´ Christophe, ?† vouloir poser la toiture d‚Äôune case sur une autre elle tombe dedans ou se trouve grande! Christophe, ne demande pas trop aux hommes et ?† toi-m?™me pas trop. ¬ª18 Afwap?© ne demande pas trop ?† son peuple car il est habit?© par la sagesse divine comme le rapporte le narrateur: ¬´ La vertu du ciel demeura en lui et il agit toujours en restant en paix. ¬ª (C. O. p. 200) Son succ?®s est donc garanti. Louis Camara reste dans la lign?©e de ses pr?©d?©cesseurs comme Aim?© C?©saire qui fait voir ?† travers son personnage le roi Christophe que le manque de foi en Dieu pour tout dirigeant conduit in?©luctablement ?† sa chute. Le roi Christophe d?©clare : ¬´Je ne suis roi ni par la gr?¢ce de Dieu ni par la volont?© de mon peuple, mais par la volont?© de mes poings. ¬ª19 Sa n?©gation de Dieu est sanctionn?©e par sa paralysie dans la cath?©drale. Afwap?© par contre sait de quoi est fait la nature humaine et comment la satisfaire ; ce qui lui vaut une bonne organisation de son administration et une gestion cons?©quente:


¬´Sa politique consistait en ceci : nommer les administrateurs en fonction des besoins du peuple, confier les postes en fonction des capacit?©s, se tenir au courant des exigences du peuple pour r?©pondre ?† ses aspirations. ¬ª (C.O. p. 201)


Cette pratique refl?®te les aspirations des peuples du Tiers-Monde, surtout africains. Selon qu‚Äôon se trouve dans tel ou tel pays d‚ÄôAfrique, la nomination des responsables de l‚Äôadministration est fond?©e soit sur l‚Äôappartenance ?† une m?™me ethnie, ?† une m?™me religion, ?† une m?™me secte, soit sur la famille politique, les relations d‚Äôenfance ou charnelles. Que peut-on donc attendre d‚Äôune telle administration ? Sinon une gestion brouillonne et un comportement antid?©mocratique parce qu‚Äôil faut se maintenir au pouvoir par tous les moyens. Louis Camara met ainsi ?† nu les racines de la mis?®re dans les pays africains. Le salaire des dirigeants corrompus n‚Äôest qu‚Äôune mort atroce comme le souligne Aim?© C?©saire dans La trag?©die du roi Christophe. Par contre, Louis Camara exalte plut?¥t la fin glorieuse des dirigeants int?®gres et d?©mocrates en ?©crivant ce qui suit ?† propos de Afwap?© :


¬´Il suffit qu‚Äôil l?®ve le petit doigt ou qu‚Äôil cligne de l‚Äô?ìil pour que les peuples des quatre directions viennent ?† lui. Ayant connu la joie du ciel, sa vie fut l‚Äôaction du ciel et sa mort ne fut qu‚Äôune m?©tamorphose ; au cours de son existence terrestre, il ne subit ni la col?®re du ciel, ni la critique des hommes, ni l‚Äôentrave des choses, ni le reproche des morts. ¬ª (C. O. p. 201)


Conclusion


Si Afwap?© repr?©sente la vision de Louis Camara du dirigeant exemplaire, il pose alors un probl?®me s?©rieux dans la mesure o?? Afwap?© n‚Äôest pas un ?™tre humaine comme Christophe chez C?©saire par exemple. Afwap?© est un produit du ciel ayant un destin guid?© par l‚ÄôOri qu‚Äôil porte au coup et qui le met ?† l‚Äôabri de tout d?©rapage. De par sa nature, comme J?©sus Christ dans la Bible, il est destin?© ?† ne faire que du bien, ?† ?™tre suivi par des foules et ?† ?™tre appel?© ¬´ Orisanmi ¬ª, c‚Äôest-?†-dire le messie ou l‚Äôenvoy?© de Dieu. A l‚Äôinstar du Christ, sa mort n‚Äôest qu‚Äôune ¬´ m?©tamorphose ¬ª, en d‚Äôautres termes, un retour victorieux au ciel.20 N‚Äôest-ce donc pas une fa?ßon de conclure que le monde est condamn?© ?† une gestion m?©diocre puisqu‚Äôil faut un messie pour le lib?©rer de l‚Äôemprise des groupes mafieux ou des dirigeants qui ne se sentent ?† l‚Äôaise que dans une ambiance de corruption et des confrontations sanglantes interminables? S‚Äôagissant de la foi qui serait le dernier rempart contre la d?©ch?©ance humaine, aujourd‚Äôhui les scandales les plus d?©routants se passent au sein des religions r?©v?©l?©es. Les soi-disant guides religieux ou spirituels sont des adeptes de la p?©dophilie, de la corruption morale et des d?©tournements massifs des fonds collect?©s aupr?®s des fid?®les d?©munis. Le relais est pris par les sectes qui ne sont rien d‚Äôautre que des rep?®res des escrocs de tout poils. Louis Camara nous l?®gue donc un mythe litt?©raire afin de nous instruire sur la voie ?† suivre pour combattre l‚Äôexploitation scandaleuse qui a pour corollaire la mis?®re.



BIBLIOGRAPHIE


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Chauvin, Dani?®le ; Siganos, Andr?© ; Walter, Philippe (?©dit.). Questions de mythocritique. Dictionnaire. Paris : Editions Imago, 2005.

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Jauss, Hans-Robert. Pour une herm?©neutique litt?©raire. [Traduit de l‚Äôallemand par Maurice Jacob] Paris : Gallimard, 1988.

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Wunenburger, Jean-Jacques. ¬´ Mytho-phorie : formes et transformation du mythe ¬ª. In : Wunenburger, Jean-Jacques (?©dit.). Art, mythe et cr?©ation. Dijon : Editions Universitaires, 1998, pp. 69-84.


Les sites internets sur la mythologie et le mythe


Rialland, Ivanne. ¬´ Atelier de Th?©orie litt?©raire ¬ª. Fabula : la recherche en litt?©rature. http://www.fabula.org

  • ‚ÄûMythologie‚Äú. Wikipedia, die freie Enzyklop?§die. In: http://de.wikipedia.org/wiki/Mythologie

  • Mythologie. Un article de Wikipedia, l‚Äôencyclop?©die libre. In : hptt://fr.wikip?©dia.org/wiki/mythologie#Mythologie des mondes anciens.

  • ¬´ Mythe ¬ª. Un article de Wikip?©dia, l‚Äôencyclop?©die libre. In : hptt://fr.wikip?©dia.org/Mythe#Aspects du Mythe.

  • ¬´ Mythe ¬ª. In: hptt://fr.search.yahoo.com.

  • ‚ÄúHeroes of Might and Magic 3 et 4 ‚Äì La Mythologie et Heroes ‚ÄìArchangelCastel.‚Äù In: hptt://www.archangelcastel.com/mythologie/generalite/etudesindex.php

  • ¬´ Le Mythe ¬ª. In: hptt://www.rabac.com/demo/ELLIT/baBAC/Mythe.htm

  • ‚ÄúQu‚Äôest-ce qu‚Äôun mythe ?‚Äù In : hptt://perso.modulonet.fr/~miardouin/mythe2.htm













1 Louis Camara. Le choix de l‚ÄôOri. Saint-Louis (S?©n?©gal) : Xamal, 1996. Toutes les citations sont tir?©es de cette ?©dition. Le sigle C.O. est utilis?© pour d?©signer Le Choix de l‚ÄôOri.

2 Cf. La Sainte Bible. 1 Pierre, Chap. 5, verset 5 : ¬´ ‚ĶJeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, rev?™tez-vous d‚Äôhumilit?© ; car Dieu r?©siste aux orgueilleux, mais il fait gr?¢ce aux humbles. ¬ª (Version Louis Segond)

3 Mos?© Chimoun. Interview in?©dite avec Louis Camara. C‚Äôest plus tard apr?®s la publication de Le choix de l‚ÄôOri qu‚Äôil a r?©ussi ?† se rendre au pays yoruba afin de v?©rifier si les informations collect?©es au cours de ses lectures des mythes yoruba et dont le r?©sultat a ?©t?© sa cr?©ation litt?©raire ?©taient vraies.

4 Cf. Jean-Jacques Wunenburger. ¬´ Mytho-phorie : formes et transformation du mythe ¬ª. In : Jean-Jacques Wunenburger avec le concours du Centre Gaston Bachelard de recherches sur l‚Äôimaginaire et la rationalit?©. Art, mythe et cr?©ation. Dijon : Editions universitaires de Dijon, 1998, pp. 69-84.

5 Cf. Andr?© Siganos. ¬´ D?©finitions du mythe¬ª. In : Dani?®le Chauvin, Andr?© Siganos, Philippe Walter (?©d.). Questions de mythocritique. Dictionnaire. Paris : Editions Imago, 2005, p. 96.

6 Le choix de l‚ÄôOri re?ßut en 1996 le Grand Prix du Pr?©sident de la R?©publique s?©n?©galaise.

7 L?©vi-Strauss. L‚Äôhomme nu. Paris : Plon, 1971, p. 560.

8 Cf. Andr?© Siganos. Op. Cit. p. 32

9 Hans Robert Jauss. Pour une herm?©neutique litt?©raire. [Traduction de l‚Äôallemand par Maurice Jacob]. Paris : Gallimard, 1988, p. 219.

10 Eshu : dieu de la justice et du pouvoir, il ch?¢tie et r?©compense les hommes selon leur conduite.

11 Shango : dieu du tonnerre et de la foudre. Il symbolise la rigueur du ch?¢timent moral.

12 Actuellement le monde conna?Æt une flamb?©e inimaginable des prix du p?©trole alors que rien ne justifie l‚Äô?©tat actuel des prix. Les ?©conomies des pays non producteurs sont carr?©ment ?©trangl?©es.

13 Cf. Rite d‚Äôinitiation chez les Djola en Casamence (Sud du S?©n?©gal)

14 Il y a lieu de se souvenir des personnages lugubres comme, Mobutu du Za?Øre, Bocassa de le R?©publique Centrafricaine, Franco en Espagne, Pinochet au Chili pour ne citer que ceux-l?†.

15 Cf. Aim?© C?©saire. La trag?©die du roi Christophe. Paris ; Dakar : Pr?©sence Africaine, 1970. Dans cette pi?®ce mythique, Christophe ?©choue dans sa mission d‚Äôune part parce qu‚Äôil a un royaume corrompu et d‚Äôautre part parce qu‚Äôil ne cherche pas ?† comprendre son peuple.

16 Cf. Aim?© C?©saire. Op. Cit. C‚Äôest l‚Äôexc?®s d‚Äôambition qui conduit aussi le roi Christophe ?† une fin tragique.

17 Comment peut-on expliquer aujourd‚Äôhui la mis?®re dans laquelle croupissent les populations des deux rives du fleuve Congo et du Nigeria ? Comment peut-on imaginer que les pays comme les deux Congo, le Cameroun, le Nigeria, la C?¥te d‚ÄôIvoire, l‚ÄôAngola puissent ?™tre class?©s parmi les pays pauvres trop endett?©s (PPTE)? Pour nous, il ne s‚Äôagit ni plus ni moins que des pays exploit?©s trop endett?©s (PETE).

18 Aim?© C?©saire. Op. Cit. p. 58.

19 Aim?© C?©saire. Op. Cit. p. 129.

20 La Bible est class?©e parmi les principaux ouvrages mythologiques. La mythologie ?©tant d?©finie comme le corpus des mythes. C‚Äôest ainsi qu‚Äôon trouve dans l‚ÄôAncien Testament des mythes c?©l?®bres de la cr?©ation qu‚Äôest la Gen?®se et de destruction, le D?©luge. La crucifixion et la r?©surrection du Christ dans le Nouveau Testament sont comprises comme les mythes du cataclysme.

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